Achat de terres agricoles: toujours de plus en plus cher

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Me Roseline Ménard de l'étude Ménard & Paquette... (Photo Janick Marois)

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Me Roseline Ménard de l'étude Ménard & Paquette à Bedford.

Photo Janick Marois

Isabel Authier

Isabel Authier
La Voix de l'Est

(Bedford) Le rêve agricole n'est pas accessible au premier venu. Me Roseline Ménard en sait quelque chose. «Tout coûte plus cher», laisse-t-elle tomber sans détour.

Elle-même fille d'agriculteurs, Me Ménard s'est spécialisée dans le droit agricole dès le début de sa pratique, en 1978. Son étude est située à Bedford, en plein coeur de Brome-Missisquoi, une région foisonnante de terres et d'exploitations agricoles.

«On est parmi les régions du Québec où les terres sont les plus dispendieuses, mais aussi les plus belles. Et les prix ne baissent jamais.»

Les données de Financement agricole Canada lui donnent raison. Depuis 1985, le Québec serait la seule province dont la valeur moyenne des terres agricoles n'a jamais diminué. Rien qu'en 2014, on y a enregistré une hausse de 15,7%.

Cela se traduit bien sûr par des prix de vente faramineux. Dans sa région, Me Ménard a vu des terres se vendre jusqu'à 18 000 $ l'acre.

Pourtant, la demande est forte, très forte. Pour chaque parcelle de terre à vendre, affirme la dame, dix clients lèvent la main. «J'ai déjà dû lancer des appels d'offres pour certaines ventes.»

Qui vend ces terres? «Surtout des producteurs qui prennent leur retraite. C'est payant de vendre sa terre, mais ces gens ont travaillé toute leur vie à la ferme, et préfèrent avoir de la relève. Quand ce n'est pas le cas, ça peut donner lieu à des scènes tristes, note-t-elle. L'autre jour, un monsieur pleurait dans mon bureau, car il aurait souhaité que sa ferme centenaire reste dans la famille. Il avait des enfants, mais aucune relève.»

Bien qu'il existe des incitatifs fiscaux intéressants pour la relève agricole - plus que pour tout autre type d'entreprises, affirme Me Ménard - la plupart des productions demeurent à la merci de la nature... et de normes environnementales sans merci - plus que pour tout autre type d'industrie, répète la dame. De quoi refroidir les ardeurs de bien des jeunes.

Et même lorsqu'une relève se montre intéressée, cela donne parfois lieu à de curieuses situations. «Chez nous, on a beaucoup de fermes laitières. La relève ne peut pas payer la terre au prix qu'elle vaut. Certaines personnes vont alors s'établir dans une autre région avec les animaux et le quota.

Roseline Ménard remarque également un virage vers la culture de céréales, où les rendements sont généralement meilleurs.

«Les prix élevés ont fait en sorte de créer des modèles de fermes différents. Les agriculteurs s'éloignent du modèle traditionnel et se diversifient davantage - grandes cultures, poulet, production laitière - pour ne pas mettre tous leurs oeufs dans le même panier», affirme-t-elle, en ajoutant que cette flambée de valeur vient toutefois nuire à ceux qui rêvent d'une petite ferme bio.

Le concept de location de parcelles de terre est alors une solution, «mais pendant ce temps, ces producteurs ne se bâtissent pas de capital».

Acheter pour prospérer

Mais alors, qui achète ces terres hors de prix? «Des voisins qui souhaitent prospérer ou intégrer leurs propres enfants. Ces producteurs acquièrent des terres pour améliorer leur sort, se créer un fonds de pension et rentabiliser le coût de leurs équipements.»

Les faibles taux d'intérêt et la possibilité d'offrir leurs autres propriétés en garantie permettent à ces producteurs établis d'accéder plus aisément au marché des terres agricoles.

Le secret en agriculture, dit-elle, réside d'ailleurs dans la gestion. «De nos jours, ceux qui n'ont pas d'instruction ou qui ne suivent pas les tendances et le marché n'arrivent pas à passer à travers.»

«La qualité des agriculteurs a beaucoup évolué au fil du temps. Comparativement à ce qu'on voyait il y a 100 ans, ce sont désormais des gens d'affaires aguerris, de vrais entrepreneurs.»

La spéculation, par contre, demeure marginale, selon elle. «Ici, les terres sont trop chères pour se lancer dans la spéculation.»

Et contrairement à d'autres régions du Québec, les acheteurs asiatiques se font discrets dans Brome-Missisquoi, fait-elle remarquer. «Moi, je n'en vois pas.»

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