Quand le chien traîne son maître

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David Riendeau
La Voix de l'Est

(Granby) Est-ce la faute du déficit de sommeil dû au changement d'heure ou du spleen de fin d'hiver? Le cadran à l'intérieur de mon cellulaire a bel et bien sonné à 7h30, mercredi dernier. Je me rappelle m'être dressé hors du lit comme une tête de clown de sa boîte-surprise pour aussitôt écraser mon pouce sur le piton et me jeter à nouveau dans mes draps. Je vais fermer les yeux seulement deux minutes, rien que deux petites minutes. C'est ce que j'appelle le moment de grâce. L'instant précis où l'esprit vogue entre le sommeil et l'éveil.

J'ouvre les yeux, pris de panique. Quelle heure est-il? Je me précipite sur mon cadran. 8h50. Misère! Mon initiation au cani-cross avec la maître-chien Geneviève Baril aux terres Miner est dans dix minutes. Un verre de jus d'orange à la main, j'enfile mes combines et mes salopettes en sautillant. Je me permets ici une confession. Je déteste le manque de ponctualité et j'hayiiiiis arrivé en retard. J'imagine déjà les scénarios d'horreur: la maître-chien, piquée au vif, me jetant en pâture à sa meute de molosses ou pire.

J'arrive à l'entrée des sentiers, rue Long. Geneviève est là, deux chiens près d'elle. Je stationne ma voiture à une vingtaine de mètres, préparé à repartir au moindre signe d'hostilité. L'une des bêtes, un labrador noir bien costaud accourt en ma direction. La tension monte. J'imagine déjà le titre dans La Voix de l'Est, entre deux nouvelles importantes, un minuscule entrefilet. «Un journaliste mort de trouille aux terres Miner».

De près, le labrador ne paraît pas du tout féroce, loin de là, il m'accueille la langue pendouillant sur le côté, la queue se balançant de droite à gauche avec allégresse. Je regarde trop de films d'épouvante, que je me dis dans un soupir de soulagement.

Courir main dans la patte

Le cani-cross consiste à courir à la remorque d'un chien qu'on aura préalablement harnaché, m'explique Geneviève. Tout au long du parcours, le maître guide l'animal en lui donnant des mots de commande précis comme le font les muschers, ces éleveurs de chiens de traîneau: go (partir), ya (accélérer), gee (virer à droite), haw (virer à gauche).

Elle me présente ma compagne pour la séance d'aujourd'hui, Luna, une belle femelle husky croisée bouvier aux yeux vairons. La maître-chien se promènera avec le gros labrador, répondant au scintillant nom de Sirius.

Mon instructrice me tend un harnais que je dois boucler autour de ma taille. Ainsi, je garde mes mains libres. S'il est possible de jogger à l'aide d'une laisse, on finit par s'éreinter le dos, la traction du chien amenant le coureur à arquer le dos.

Fin prêts, nous nous élançons, humains et bêtes, sur le sentier. Luna et Sirius ne se le font pas répéter. Les chiens nous entraînent à leur suite.

Je m'attendais à un petit trot pépère. Mais non, ça tire! Je me surprends en train de sprinter sur l'allée enneigée comme si le diable était à mes trousses.

« Avant, les chiens étaient plus actifs parce qu'ils vivaient sur une ferme, ils avaient de l'espace où courir, me raconte Geneviève sans s'essouffler. Je vois tellement de chiens blasés. Ils n'écoutent pas leur maître parce qu'ils ont trop d'énergie à dépenser. »

« Ah vraiment ?», que je parviens à prononcer hors d'haleine.

Toujours durant la course, Geneviève continue à m'entretenir sur le sujet, mais je dois avouer que je suis un peu inquiet de constater qu'après 500 mètres à peine, j'ai l'impression que mon coeur est demeuré couché dans mon lit.

Pas d'orgueil mal placé,cette fois-ci, j'implore une pause à la maître-chien.

Histoire de passion

Après quelques minutes de conversation, je me rends compte avoir affaire à une vraie passionnée. La résidante de Lac-Brome a démarré son entreprise Sirius sports canins voici deux ans.

«J'ai travaillé quelque temps dans une école de dressage. Souvent les clients me revenaient en me disant qu'ils se faisaient obéir moins bien par leur chien une fois à la maison.»

À son avis, le meilleur ami de l'homme est beaucoup plus réceptif au dressage lorsqu'il a dépensé son énergie en compagnie de son maître.  «Le chien a besoin d'accomplissement. C'est dans sa nature, il a besoin de participer», assure-t-elle.

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