Les hôteliers ravis

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Selon Alain Laroche, président sortant de Tourisme Cantons-de-l'Est, les événements sportifs ont l'avantage d'amener les touristes en groupe.

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Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est

«C'est en croissance, le sportif et le plein air, et ça fait notre affaire!», lance Johanne Gauvin. Selon la directrice du développement des affaires et marketing au Domaine Château Bromont, les divers événements sportifs ayant cours dans la région ont «définitivement» un impact positif pour les hôteliers.

À l'Auberge et au Château Bromont, la clientèle issue des événements sportifs est diverse: participants et spectateurs de compétitions équestres, cyclistes, coureurs, équipes de soccer et de hockey et skieurs. «On héberge parfois même des gens des événements qui ont lieu à Sherbrooke, par exemple les Jeux du Canada, des tournois de volleyball», illustre Mme Gauvin.

À Granby, les équipes de soccer et de hockey qui prennent part à des tournois constituent une grande partie de la clientèle sportive. Des coureurs de l'Autodrome figurent aussi parmi les clients réguliers de l'hôtel Castel Spa&Confort. «Ces gens-là font partie intégrante de notre clientèle. Ils reviennent chaque année et on les aime», commente Marie-Joëlle Bourdeau, directrice des ventes.

Idem du côté de l'Hôtel Saint-Christophe, où on affiche régulièrement complet lors de tournois de soccer ou de hockey, par exemple. «Quand on a ces événements, notre hôtel n'est rempli que de joueurs», spécifie Mylène Massé, directrice adjointe au marketing. Il arrive également qu'on accueille la clientèle venue assister aux compétitions équestres de Bromont.

Pour Alain Larouche, les événements sportifs sont le complément idéal aux événements corporatifs. «Les congrès se tiennent la semaine, alors que les fins de semaine, on trouve des touristes d'agrément, des couples ou des familles qui viennent visiter. Les tournois et événements sportifs viennent aussi compléter l'offre de semaine pour les hôtels», explique-t-il.

Séjours plus longs et plus payants

Entre autres avantages, ces touristes particuliers réservent à l'avance et sont moins susceptibles d'annuler leur venue si la météo n'est pas clémente. Qui plus est, ce type de clientèle a tendance à demeurer plus d'une nuit dans la région, au grand plaisir des hôteliers. «Notre samedi est toujours plein; le défi, c'est d'avoir une clientèle multinuits, avance Mme Gauvin. Des événements comme l'International de Bromont, qui nous amènent des clients pour trois nuits ou plus, c'est vraiment un avantage.»

«Les recettes touristiques sont plus intéressantes quand le visiteur séjourne au moins une nuit, davantage que celui qui font l'aller-retour, constate pour sa part Sylvie Vandal. On peut s'attendre d'un touriste qui séjourne au moins une nuit qu'il aille manger dans un restaurant et qu'il visite quelques commerces.»

Une impression qu'a également Alain Larouche, qui ajoute que les événements à teneur sportive ont l'avantage d'amener les touristes en groupes. «Des événements sportifs égalent des équipes, donc plusieurs personnes à la fois dans les hôtels, dans les restaurants, et dans les centres d'achat», indique-t-il.

La récurrence des événements sportifs permet également aux établissements d'hébergement de planifier leur achalandage, parfois jusqu'à un an d'avance. «C'est une clientèle qu'on attend et qu'on planifie. On s'adapte aussi à elle», note Mme Bourdeau. Par exemple, dans le cas de jeunes visiteurs, attirés dans la région pour un tournoi de soccer ou de hockey, un menu tout spécial leur sera préparé.

Les pilotes qui courent à l'Autodrome profitent également... (Julie Catudal, La Voix de l'Est) - image 2.0

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Les pilotes qui courent à l'Autodrome profitent également des hôtels et des restaurants de la région.

Julie Catudal, La Voix de l'Est

Les retombées locales d'abord, estime un spécialiste

Les événements sportifs devraient d'abord profiter aux résidents locaux avant de servir à attirer des touristes, estime André Richelieu, professeur expert en marketing du sport à l'École des sciences de la gestion de l'UQAM.

Lui aussi convient qu'il n'est pas évident de conclure sur la portée touristique et économique réelle d'un événement sportif. «C'est très difficile d'isoler un événement pour en connaître les impacts concrets, indique le spécialiste. Est-ce que les gens viennent de l'extérieur seulement pour l'événement? Est-ce qu'ils joignent l'utile à l'agréable en y allant alors qu'ils sont de passage dans la ville? Ou bien y vont-ils parce qu'en étant dans la ville ils apprennent l'existence de l'événement?»

D'ailleurs, les retombées des événements sportifs sont souvent surévaluées, prévient-il. Par exemple, on a tendance à croire que les événements sportifs incitent les gens à faire plus de sport, mais les études démontrent que cela ne se produirait qu'à court terme. «Les bénéfices tangibles sont le bien-être, la fierté et l'appartenance à la communauté, le lien avec l'équipe locale; mais ça n'apporte pas nécessairement du pain sur la table, allègue M. Richelieu. Il faut faire attention à ne pas gonfler les retombées d'un événement.»

Mieux vaut plus petit

Selon M. Richelieu, les événements de petite ou de moyenne envergure sont beaucoup plus porteurs d'un point de vue socioéconomique, pour la région. «Un plus petit événement comporte moins de dépenses, souvent moins de dépassement de coûts et moins de besoins en infrastructures. Les investissements sont davantage en lien avec les besoins de la communauté, élabore-t-il, car les infrastructures vont rester et être utilisées par la population elle-même, contrairement aux gros événements, comme une piste de Formule 1 ou des installations olympiques qui n'ont rien à voir avec les activités sportives régulières.»

Attention aux rêves de grandeur, mets en garde le professeur. «Certaines villes veulent un événement d'envergure pour devenir une référence sur un circuit, pour se positionner sur l'échiquier mondial. Mais selon moi, il faut apporter de la valeur d'abord et avant tout pour les gens qui vivent dans la région. Autrement, c'est un coup d'épée dans l'eau d'investir pour développer une image, pour rayonner. Même si ça marchait, vous ne pourriez pas aller de l'avant avec un projet qui va aliéner une grande partie de la population locale. Sinon, c'est beaucoup de bling-bling avec beaucoup de désagrément et peu d'avantages.»

«La reconversion est l'héritage socioéconomique de l'événement, poursuit-il. S'il ne reste rien après, quelle est la valeur ou la pertinence d'investir autant de ressources dans un événement? (Rappelons qu'il) y a un coût d'opportunité: les ressources investies sur un événement ne sont pas mises ailleurs.»

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