La récompense de David Godbout

Il y a deux semaines, à l'aréna Jacques-Chagnon,... (photo Cathy Jones)

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Il y a deux semaines, à l'aréna Jacques-Chagnon, David Godbout et Christopher Saurette se sont battus. Les gars ont beau ne pas s'haïr, ils ont un travail à faire...

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(Granby) On les appelle goons, toughs, bagarreurs, policiers, justiciers. De bons travailleurs en semaine, le Miltonnais David Godbout et le Granbyen Christopher Saurette se battent le week-end dans la Ligue de hockey senior de la Mauricie, le premier avec l'équipe de Sainte-Anne-de-la-Pérade et le second avec les Maroons de Waterloo. Portrait de deux vedettes du hockey viril et regard sur les dessous du dur métier de bagarreur...

Alors qu'il vivait à Saint-Hyacinthe, au milieu des années 2000, David Godbout était un fier partisan de l'équipe de la Ligue nord-américaine de hockey de l'endroit. Il ne manquait pas un match. Et il ne rêvait qu'à une chose: se battre, comme ses idoles sur la glace.

 David Godbout l'avoue sans gêne: il adore son métier de bagarreur. La saison dernière, avec le Groupe Lafrenière Tracteurs de Sainte-Anne-de-la-Pérade, les Maroons (à l'époque dans la Ligue senior des Cantons-de-l'Est) et les Prédateurs de Laval (dans la LNAH), il a jeté les gants 52 fois, «un record absolu dans une saison de hockey!», lance-t-il, fièrement.

 Avant d'entreprendre sa carrière au hockey senior, en 2012, il n'avait joué qu'une seule saison. C'était dans le midget B, à Saint-Hyacinthe, d'où il est originaire. Les Maroons lui ont donné sa première chance et il leur en est reconnaissant.

 «Honnêtement, je ne me considère pas comme un vrai de vrai joueur de hockey, laisse-t-il tomber, candidement. Je patine, mais c'est parfois laborieux, je le sais. Mais la bagarre fait partie du hockey senior et je suis un bon bagarreur. Je ne suis pas gêné de faire ce que je fais, même que j'en suis fier.»

 Se battre, c'est son dada, pour reprendre ses propres mots.

 «Je travaille de nuit à l'usine Brookside (les chocolats Hershey), de Saint-Hyacinthe. Et mon job de dur à cuire, c'est ma récompense de la semaine. Je suis tout excité quand je me lève et que je sais que j'ai une game le soir!»

 Mais voilà, qu'est-ce qui l'excite autant? Car en soi, y'a rien de drôle à recevoir des coups de poing sur la gueule, même quand on en donne plus qu'on en reçoit.

 «Mon kick, c'est de donner un spectacle. Comme j'étais un fan des bagarres, je sais ce que les gens veulent. J'en mets beaucoup, je nargue les gars de l'autre équipe, j'essaie d'être spectaculaire quand je me bats. À chaque fois, y'a un rush d'adrénaline incroyable qui monte en moi!»

Une jungle

David Godbout, 27 ans, fait 6'1'' et 225 livres. Il y en a des plus gros que lui, mais il en impose, il est baraqué. Et il s'entraîne entre six et huit heures par semaine pour être fin prêt quand la cloche de son premier combat sonne le week-end venu.

 «Je m'entraîne fort et je passe des soirées à visionner les combats de mes futurs adversaires. Il faut être préparé, t'as pas le choix. C'est une jungle et si tu n'es pas prêt, tu vas te faire descendre!»

 Mais comment fait-on pour se battre contre quelqu'un qu'on ne déteste pas? Car on s'entend, la majorité des combats dans la Ligue de la Mauricie ne surviennent pas dans le feu de l'action...

 «Ça fait partie de la game. C'est quelque chose que tu dois comprendre et que tu dois accepter. Mais même si je n'haïs pas le gars devant moi, il faut que je gagne mon combat parce que chaque défaite est mauvaise pour ma réputation. En ce sens, je veux lui faire mal, je veux absolument gagner ma bataille.»

 Godbout affirme qu'il a du plaisir à faire ce qu'il fait 95 % du temps.

 «Je n'ai jamais peur. Jamais. Mais parfois, je suis stressé, c'est vrai. Quand je sais que le gars contre qui je vais me battre pèse 50 livres de plus que moi, je suis un peu sur les nerfs, c'est sûr.»

 Évidemment, il ne fait pas ça pour rien. S'il refuse de dévoiler combien il gagne par match, il affirme que c'est un bon sideline.

 «Dans la Ligue de la Mauricie, on ne parle pas de salaire, mais bien de ristourne», glisse-t-il, sourire en coin.

 Granby et Acton Vale ont été représentés dans la Ligue semi-pro avant qu'elle ne devienne la Ligue nord-américaine. À l'époque, certains durs à cuire gagnaient plusieurs centaines de dollars par match, parfois même plus. On ne parle plus de la même époque, ni de la même ligue, mais on peut croire que les meilleurs bagarreurs de la Ligue de la Mauricie, les plus réputés du moins, font quelques centaines de dollars par partie.

La famille

David Godbout n'a pas encore d'enfant. Mais il affirme qu'il ne serait pas gêné de se battre devant sa progéniture.

 «Quand c'est bien expliqué, y'a pas de problème. Ma blonde vient aux matchs, ma mère aussi, mais mon père aime moins ça. Ma blonde et ma mère comprennent ce que je fais, mais pour mon père, tout ce qui compte, c'est que je ne me fasse pas mal. Que je gagne ou que je perde mon combat, il s'en fout. Tant que je ne me fais pas mal...»

Christopher Saurette (à gauche) et David Godbout ne... (Photo Janick Marois) - image 2.0

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Christopher Saurette (à gauche) et David Godbout ne s'en cachent pas : malgré les risques, ils adorent ce qu'ils font.

Photo Janick Marois

Christopher Saurette: se sentir en vie

Christopher Saurette se décrit comme un homme foncièrement pacifique. «Avant de me joindre aux Maroons cette saison, je ne m'étais jamais battu!», dit-il le plus sérieusement du monde.

Christopher Saurette se décrit comme un homme foncièrement pacifique. «Avant de me joindre aux Maroons cette saison, je ne m'étais jamais battu!», dit-il le plus sérieusement du monde.

 Il ne s'est jamais battu avant les Maroons... mais il voulait le faire. Et il en a parlé avec Samuel Cloutier, qui allait devenir son coéquipier.

 «J'ai été invité au camp d'entraînement et je me suis battu trois fois en matchs préparatoires, raconte-t-il. J'ai dû être pas pire parce que Michel Deschamps (le directeur général et entraîneur) m'a fait une place dans l'équipe. J'étais content, très content. Et depuis, je tripe comme un p'tit fou!»

 À 175 livres (sur 6'), il concède plus souvent qu'autrement des dizaines de livres à ses adversaires. Chez les Maroons, on vante son courage.

 «Je ne sais pas si on peut parler de courage parce que j'aime vraiment ce que je fais. Quand je me bats, je ne me sacrifie pas, j'ai du fun. En fait, je me sens tellement, tellement en vie quand je jette les gants. Mon coeur bat à 100 milles à l'heure, j'ai l'adrénaline au plafond. C'est un feeling absolument indescriptible!»

«Une espèce de vedette»

Christopher Saurette, 25 ans, est un travailleur de la construction. Il affirme que le regard que les gens posent sur lui a changé depuis qu'il joue avec les Maroons.

 «Les Maroons, c'est gros. À notre dernier match, il y avait 1200 personnes dans l'aréna, c'était ben plein. Et probablement que la moitié de ces gens-là étaient là pour les batailles, parce que David Godbout avait promis de l'action. Les durs à cuire ont un statut spécial. Plusieurs me voient maintenant comme une espèce de vedette. Ça donne confiance en soi.»

 Lors de ce fameux match opposant les Maroons au Groupe Lafrenière Tracteurs, Saurette a jeté les gants devant Godbout. Mais il n'y a pas eu autant d'action que le public l'aurait espéré. Cette semaine, les deux bonshommes se sont revus à La Voix de l'Est pour une séance de photos et la rencontre a été très cordiale.

 «Je respecte David, comme je respecte tous les gars qui font ce job-là. On a beau aimer ça, c'est plus dangereux qu'être agent d'assurances, on s'entend. On se bat, mais personne ne veut fracturer le crâne de personne. Après tout, on travaille tous le lundi matin...»

 Il affirme être chanceux puisqu'il n'a jamais été véritablement ébranlé jusqu'ici.

 «Je n'ai jamais été blessé pour vrai. C'est certain que je commence, je n'ai pas encore une saison au complet dans le corps. Je me prépare en faisant de la visualisation. Et je commence à le faire très tôt dans la semaine. Il faut que je sois prêt parce que c'est ma peau que je joue.»

«Se battre, c'est pur»

Christopher Saurette aime le hockey. Et il déteste ces discussions au sujet de l'abolition des bagarres.

 «Les bagarres font partie de la game, mais ça va bien plus loin que ça, souligne-t-il. Deux gars qui se battent, je trouve ça beau parce que c'est pur. Se battre, c'est la base de tout. Moi, je me bats sur la glace, mais d'autres se battent contre la maladie alors que d'autres le font contre le système. Se battre, c'est la vie et nous, les durs à cuire, nous en sommes simplement la représentation en chair et en os.»

Et il entend continuer à le faire longtemps. Très longtemps, espère-t-il.

 «Mais il y a une chose: le hockey est un sport d'équipe et il faut que je sente que j'apporte quelque chose à mon club. Des fois, j'intimide un adversaire simplement par un regard. Et ça, ça peut aider un de mes coéquipiers de talent à avoir la paix sur la patinoire. Le jour où je sentirai que je suis uniquement là pour le show, je risque de décrocher...»

 

Pas tous à jeun

David Godbout et Christopher Saurette l'admettent: les bagarreurs ne font pas tous leur travail à jeun. «On voit des affaires, on entend des affaires, confie Godbout. C'est un job difficile et certains ont besoin de quelque chose pour être capables de le faire.» Nos deux durs à cuire jurent qu'ils sont clean. Pas de pilules ou autres trucs, rien. «Avant un match, je prends une boisson de préentraînement. Ça m'aide. Mais je ne prends rien de plus», assure Godbout. «Je n'ai jamais rien pris. Je suis contre ça», enchaîne Saurette. Le porte-couleurs des Maroons affirme que c'est la peur qui motive certains bagarreurs à trouver refuge dans certaines substances. «La peur, c'est fort. Quand tu as peur, tu peux faire des niaiseries.» Il y a la peur, mais il y a aussi la douleur, ajoute Godbout. Une douleur à endormir. «La saison dernière, je me suis fracturé une main et j'ai eu une commotion. À chaque fois, je suis revenu au jeu rapidement. Mais moi, je suis dur à mon corps, comme on dit. Ce n'est pas tout le monde qui est capable de faire ça et de jouer malgré la douleur.» La douleur fait partie du quotidien des durs à cuire. «Il y a des lundis matins qui sont très, très difficiles, dit encore Godbout. Ça aussi, ça fait partie de la game et je ne me plains pas. Non, nous ne sommes pas à plaindre, nous connaissons tous parfaitement les risques du métier. Mais la douleur, c'est probablement ce qu'il y a de pire...»

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