Un vendredi soir pas comme les autres à l'aréna...

C'était la soirée des toutous, vendredi soir, au... (Julie Catudal, La Voix de l'Est)

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C'était la soirée des toutous, vendredi soir, au centre sportif Léonard-Grondin. Il y a quelque chose de très beau et de très touchant dans cette promotion organisée par les Inouk. Mais voilà, ça tranchait tellement avec ce qui se passait à l'autre bout du monde...

Julie Catudal, La Voix de l'Est

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Comme d'habitude, je suis arrivé au centre sportif Léonard-Grondin de bonne heure vendredi soir. Question d'avoir le temps de me préparer pour le match et de jaser un peu avec les entraîneurs et quelques joueurs. C'est ma routine.

Mais ce n'était pas un vendredi soir comme les autres. Vraiment pas à part ça. Et ce n'était pas parce que le puissant Collège Français de Longueuil débarquait en ville afin d'y affronter les Inouk.

Immédiatement en franchissant les portes de l'aréna, je me fais accoster par une dame qui me lance: «M. Tassé, avez-vous vu ce qui s'est passé en France? ? ?»

Ça donnait le ton à la veillée.

Paris venait d'être touché en plein coeur. Encore une fois, les terroristes avaient frappé.

Avant le match, ça ne parlait que de ça dans les coulisses de l'aréna et sur la galerie de presse. «As-tu vu ça? On est rendus à combien de morts? C'est épouvantable!» La conversation typique ressemblait à ça.

Ironiquement, c'était la soirée des toutous vendredi au centre sportif Léonard-Grondin. Vous connaissez le principe: dès le premier but des Inouk, les gens lancent sur la glace un toutou qu'ils ont amené de la maison et les oursons, lapins et autres bibittes en peluche recueillis sont ensuite remis à des enfants hospitalisés ou dans le besoin. Il y a quelque chose de très beau et de très touchant dans cette promotion. Mais voilà, ça tranchait tellement avec ce qui se passait à l'autre bout du monde...

Les Inouk avaient invité le petit Jean-Gilles Gadoury à chanter l'hymne national. Vous connaissez Jean-Gilles. Il vient de Bedford et on a souvent parlé de lui et du grand combat qu'il livre contre la leucémie. Il a 10 ans et il est plein de vie malgré tout. Je le regardais, l'autre soir, et je ne pouvais m'empêcher de me demander: «Y a-t-il de beaux p'tits bonshommes comme lui parmi les victimes à Paris?» Et je pensais à William, Anaïs, Éliott et Bastien, mes quatre enfants.

Les Inouk ont perdu 5-2. À chaque arrêt du jeu, ou presque, il y avait quelqu'un qui venait me voir pour me demander: «Pis, en France?» Parce que j'avais un ordi devant moi et que j'avais donc accès aux infos, j'étais beaucoup plus populaire qu'à l'habitude.

Le match terminé, c'est moi, sans le vouloir, qui ai appris à David Lapierre ce qui s'était passé à Paris. Le coach des Inouk, qui a passé huit ans de sa vie à jouer au hockey en France avant de revenir à Granby, était sonné. Ça a été difficile de lui faire parler de la défaite de son équipe, qui était devenue bien secondaire tout d'un coup. «Excuse-moi, ça vient me chercher...», m'a-t-il dit.

De retour sur la galerie de presse, j'ai écrit sur la défaite des Inouk. Et honnêtement, ça m'apparaissait tellement futile dans les circonstances. Mais bon, il fallait le faire.

Arrivé à la maison, je me suis installé devant la télé avec ma femme afin d'avoir les dernières nouvelles au sujet des attentats. Je n'avais encore rien vu à la télé. Et quand j'ai dit à Marie-Noëlle que j'avais l'impression que le match des Inouk sur lequel je venais d'écrire n'avait aucune importance à comparer à ce qui se passait en France, elle a froncé les sourcils.

«Tes juniors de 17 et 18 ans qui jouent au hockey et qui rêvent de faire carrière, c'est ça, la vraie vie. Ce qui se passe à Paris, c'est pas normal, c'est horrible. Tes juniors, ils bâtissent le monde à leur façon à eux. C'est beau et ça reste important, même aujourd'hui.»

Elle avait raison.

On va donc continuer à écrire sur les Inouk et sur le sport. Parce que même s'il n'y a rien de parfait nulle part, le sport, c'est beau, c'est sain, ça nous amène ailleurs, ça nous fait parfois même rêver. Et il n'y a personne qui fait des plans pour tuer personne à l'aréna ou au stade de baseball.

Reste que ce vendredi soir pas comme les autres à l'aréna, on ne l'oubliera pas de sitôt...

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