Mémoires d'un micro : le gentleman des ondes se raconte

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Jacques Doucet, qui fait vibrer les amateurs de baseball depuis des décennies, vient de lancer Mémoires d'un micro.

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Jean-François Guillet
La Voix de l'Est

(Granby) En près de 40 ans sur les ondes, Jacques Doucet a fait vibrer les amateurs de baseball. C'est d'ailleurs cet amour du sport qui berce le lecteur dans Mémoires d'un micro, né sous la plume de son complice Marc Robitaille, lancé cette semaine. Tout ceci au gré d'anecdotes savoureuses qui ont pimenté la brillante carrière du journaliste. Et force est d'admettre qu'à 74 ans, la flamme est loin d'être vacillante.

En 2011, le duo Robitaille-Doucet avait fait le bonheur des fervents de baseball en concoctant Il était une fois les Expos, paru aux Éditions Hurtubise en deux tomes. Celui qui a vécu les 36 ans d'histoire du club montréalais, de sa fracassante arrivée dans les majeures en 1969 à son lancinant départ en octobre 2004, croyait bien que ces deux ouvrages mettraient un point final à son «aventure littéraire». «Écrire mes mémoires, ça ne faisait pas partie de mes projets. Je n'étais pas prêt à ça. C'est plutôt arrivé à l'improviste. À vrai dire, j'hésitais parce que j'avais peur qu'il n'y ait pas d'intérêt pour mes histoires, confie-t-il. Marc et l'éditeur ont travaillé fort et ils m'ont convaincu.»

«De Granby aux majeures»

Dès le premier chapitre du bouquin qui s'intitule De Granby aux majeures, l'homme replonge volontiers dans son enfance à Granby au tournant des années 1940. Bien que son père ait oeuvré comme enseignant à l'École d'arts et métiers de Granby, il a fréquemment collaboré aux pages sportives de La Voix de l'Est et du Dimanche-Matin, entre autres. Son paternel a même couvert des matches des Vics (hockey et baseball) à la radio. Et pourtant, Jacques Doucet n'a pas suivi d'emblée ses traces dans le monde du travail.

«Mon père m'a vraiment transmis sa passion pour le sport. C'était surtout un très grand amateur de baseball. Il aimait les Yankees et moi les Dodgers. Mais bon, il n'y a personne de parfait! , lance-t-il en riant. J'aurais pu avoir le déclic pour le journalisme en le regardant aller, mais non. J'ai plutôt fait mes débuts dans une banque. Après avoir découvert que je n'aimais pas ça, j'ai décidé de prendre une pause pour trouver autre chose. Comme je suis né sous une bonne étoile, j'ai suivi mon instinct et ça m'a mené à une longue carrière.» C'est ainsi qu'à 19 ans, le jeune homme a décroché son premier boulot à temps plein comme journaliste à La Presse Canadienne.

Il a ensuite gravi les échelons dans le monde des médias jusqu'en avril 1972, où il a troqué sa machine à écrire pour un micro en devenant la voix des Expos. De quoi donner le vertige? «J'étais un peu terrifié à l'idée de me lancer dans une aventure comme ça, concède l'homme de baseball. Je nageais un peu dans l'inconnu. À la radio, une fois que tu as parlé, tu ne peux pas effacer. Et surtout, je ne savais pas si le public allait m'adopter.»

Confidences et anecdotes

«Un métier contribue largement à façonner la personne que l'on devient», mentionne au passage M. Doucet dans le livre. Et les rencontres déterminantes ont été nombreuses. Allant de Gene Mauch, le premier gérant des Expos, en passant par les Felipe Alou, Larry Walker et Vladimir Guerrero, il a côtoyé les plus grands.

Malgré tout, très peu d'amitiés durables ont émané de toutes ces décennies de couverture du baseball majeur. «Bien sûr, plusieurs joueurs se confiaient à moi dans le cadre de mon travail. Mais je tenais à garder une certaine distance entre la vie professionnelle et privée. Les vrais amis, je les compte sur mes doigts, image-t-il. Ron Hunt, Felipe Alou et quelques autres.» C'est sans compter ses complices de la première heure que sont les Rodger Brulotte et Claude Raymond. Il raconte qu'une des anecdotes qui resteront à jamais gravées dans sa mémoire est survenue lorsque Brulotte a déstabilisé le trio en faisant souffler Raymond dans une flûte remplie de farine. Tout ceci en pleine couverture d'un match des Expos sur la galerie de presse. «Rodger jouait toujours des tours, dit-il, mais celui-là, c'était quelque chose. Il fallait le voir le visage tout blanc. C'est simple, même des années après, on en rit encore autant.»

Au fil des décennies, Jacques Doucet a aussi été témoin du «changement de mentalité» qui s'est opéré dans le sport professionnel en raison de la flambée des salaires. «Quand tu es indépendant financièrement, tu as bien plus peur de la fin du monde que de la fin du mois, illustre-t-il. Quand j'ai commencé, je gagnais plus d'argent que certaines recrues. Mais aujourd'hui, il n'y a plus de commune mesure avec les millions qui sont en jeu. Les gars n'ont vraiment plus les mêmes priorités.»

D'ailleurs, les témoignages sont légion dans le bouquin bien ficelé qui nous donne accès aux coulisses d'un sport méconnu. Évidemment, celui qui a été intronisé au Temple de la renommée du baseball canadien (prix Jack Graney) pour sa contribution à l'essor de la discipline au pays écorche au passage les artisans des déboires des Expos. Notamment Jeffrey Loria et son beau-fils David Samson. «Ce n'est pas une revanche, mais plutôt une façon de remettre les pendules à l'heure», fait valoir M. Doucet.

Le feu sacré

Après avoir délaissé les majeures durant une courte période, Jacques Doucet a fait un retour en force à l'antenne de TVA Sports. C'est ainsi qu'à 71 ans, il a renoué avec ses anciennes amours en couvrant les parties des Blue Jays de Toronto. «C'était vraiment inespéré, avoue-t-il. J'avais peur de sombrer dans l'oubli, mais non. TVA Sports a pensé à moi. J'ai dû m'adapter. La transition de la radio à la télé n'a pas été facile. Mais maintenant, je peux dire que je file le parfait bonheur.»

Et la renaissance du baseball majeur à Montréal dans tout ça? Dans la lettre qu'il a lue lors du dernier match des porte-couleurs des Expos, le commentateur souhaitait aux amateurs «de réagir avec courage et conviction si jamais une lueur d'espoir renaît pour un retour du baseball majeur à Montréal.» Est-ce que cette lueur d'espoir va se concrétiser? «J'y crois! , répond-il du tac au tac. Mais tant qu'un champion (du monde du baseball) ne se lèvera pas pour prendre le flambeau, ça ne fonctionnera pas.»

La venue du receveur étoile Russell Martin avec les Jays aidera certainement à mousser l'intérêt pour le baseball, concède l'animateur. «Splendide! C'est une très, très bonne nouvelle pour le baseball en général, mais surtout ici. Et je serai aux premières loges pour le voir évoluer en décrivant les matches de son équipe.» Nul doute, le gentleman des ondes est loin d'être prêt à tirer sa révérence.

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