Gênantes révérences

Une superficie de 150 hectares dans le massif... (archives La Voix de l'Est)

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Une superficie de 150 hectares dans le massif du mont Brome deviendra une zone de conservation. C'est un vrai legs aux générations futures.

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Michel Laliberté
La Voix de l'Est

Si des gens doutaient des talents de négociateur de Charles Désourdy, ils réalisent maintenant que le président de Bromont Immobilier excelle dans le domaine. L'entreprise pourra non seulement construire 27 maisons de luxe dans la cuvette au sud du mont Brome, mais elle empochera 7,25 millions de dollars en vendant ce qui reste du massif pour en faire un parc-nature.

C'est l'équivalent, à l'échelle des expressions québécoises, d'obtenir le beurre et l'argent du beurre ! Et, en prime, d'être applaudi dans le processus.

On a célébré samedi à Bromont que la Ville et Bromont Immobilier en soient arrivés à une entente leur évitant d'en découdre devant les tribunaux au sujet du projet immobilier du Val 8. La boîte de M. Désourdy voulait initialement construire 45 maisons tandis que la Ville, poussée par des citoyens et par un renversement du pouvoir au conseil, s'inquiétait du sort réservé à des écosystèmes forestiers exceptionnels, des EFE dont le promoteur niait l'existence. Des positions aux antipodes, donc.

Mais des négociations ont permis d'en arriver à une entente : réduction de l'ampleur du projet immobilier et vente à Conservation de la nature des terrains non touchés, quelque 150 hectares, incluant le flanc sud du mont Brome, ainsi que les monts Spruce et Bernard. Tout ça est appelé à devenir un parc de conservation avec accès au public.

En cette ère où les municipalités multiplient de gênantes révérences aux promoteurs immobiliers, chaque hectare de forêt protégé doit être vu comme un gain. Protéger à perpétuité 150 hectares de forêt dans un massif aussi riche en diversité faunique et florale que celui du mont Brome est une avancée inestimable, un vrai legs aux générations futures.

Il faut rester lucide, cela dit. Les monts qui forment le massif du mont Brome n'auraient jamais dû être placés en zone blanche dans les années 1970. Cette erreur du gouvernement du Québec fait que des projets immobiliers continuent à ce jour d'être autorisés dans nombre de montagnes, causant de coûteux problèmes de ruissellement, d'érosion et d'inondations.

On ne peut refaire le passé. Il faut regarder vers l'avant. Et c'est là qu'on voit que le projet immobilier du Val 8 est incompatible avec la pièce maîtresse de la MRC Brome-Missisquoi en matière de gestion du territoire : le schéma d'aménagement. 

Ce document, qu'on peut comparer à un plan de match, identifie les périmètres d'urbanisation où les municipalités membres de la MRC, dont Bromont, peuvent prévoir la construction de maisons. L'idée est de densifier les secteurs en développement attenants à ceux déjà bâtis. Bref, d'éviter l'éparpillement de gauche à droite des projets. Une telle approche permet aux municipalités de contrôler les coûts des services rendus.

Pour baliser cette philosophie de développement, le schéma interdit le prolongement de rues à l'extérieur du périmètre d'urbanisation ainsi que la construction de nouvelles rues.

Or, les terrains visés par le projet du Val 8 ne sont pas dans le périmètre d'urbanisation de la Ville de Bromont.

Par une acrobatie incroyable, les municipalités peuvent se soustraire de cette règle : elles autorisent des usages conditionnels ou, en termes plus clairs, donnent leur OK pour suspendre ou modifier certaines règles pour favoriser des projets qui ne les respectent pas.

C'est probablement ce que le conseil fera. Comment les élus pourront-ils concilier une telle décision avec le plan de développement durable de la Ville dont ils aiment tant vanter les mérites ?

La réussite de cette négociation, malgré le prix nettement exagéré à payer pour les 150 hectares, doit être soulignée. Il faut féliciter les dirigeants de Protégeons Bromont d'y avoir cru, les nombreux donateurs dans cette cause et les citoyens pour avoir insufflé une dose de courage à leurs élus pour qu'ils disent non au premier projet du promoteur.

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