Communiquer versus informer

Les membres des conseils municipaux prennent des décisions... (Alain Dion, archives La Voix de l'Est)

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Les membres des conseils municipaux prennent des décisions derrière des portes closes sans que les citoyens puissent entendre leurs arguments ou voir les documents ayant guidé leurs réflexions.

Alain Dion, archives La Voix de l'Est

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Michel Laliberté
La Voix de l'Est

Les municipalités québécoises, dans l'ensemble, ont fait des pas de géants ces dernières années pour aider leurs citoyens à comprendre les affaires en cours. Elles prennent toutes sortes de moyens pour y arriver, de la publication de bulletins municipauxà la diffusion sur internet des assemblées de conseil, en passant par le recours à des écrans géants lors de ces mêmes assemblées pour afficher des présentations comme le budget.

Leurs efforts sont louables, mais incomplets parce que les administrations municipales confondent «communiquer» avec «informer». On communique une décision aux gens alors qu'on les informe des raisons de celle-ci.

Dans les salles du conseil, là où les élus se réunissent devant public une fois par mois pour prendre des décisions, l'absence de débats est sidérante. Les éléments figurant à l'ordre du jour sont lus un à la fois, une résolution est proposée, puis secondée et enfin adoptée. Rares sont les votes. Encore plus rarissimes sont les explications sur ce qui vient d'être décidé.

Dans certaines salles de conseil, les assemblées, dont l'ordre du jour compte une trentaine de points, durent parfois une vingtaine de minutes... Tout cela est possible parce qu'avant même que ne débutent les assemblées, tout a déjà été discuté et décidé derrière des portes closes. Pas de veine pour les citoyens présents qui se sont déplacés espérant entendre les délibérations des élus et peut-être comprendre le bien-fondé de leurs décisions.

Denny O'Breham pense que cette façon de fonctionner est illégale. Les séances préparatoires, soutient l'ancien candidat à la mairie de Granby, ne peuvent se substituer aux assemblées publiques du conseil. Les élus, dit-il, doivent délibérer publiquement des dossiers et projets importants, ce qui sous-entend qu'ils doivent débattre. Il entend saisir le ministère des Affaires municipales de la question, mais il ne se fait pas d'espoir que Québec intervienne pour que cette pratique cesse.

La démarche de M. O'Breham est inutile, pense Me Jean Hétu, un spécialiste du droit municipal. Les conseils peuvent tenir de telles rencontres préparatoires, assure-t-il, la Loi sur les cités et villes le permettant.

C'est donc permis. Mais est-ce une bonne chose? Ce que permettent les lois, malheureusement, n'est pas toujours empreint de logique ou au bénéfice de la population. Débattre de projets importants en l'absence des gens concernés puis leur annoncer les décisions sans qu'ils aient entendu les arguments ou vu les documents utilisés par les élus, est-ce une bonne façon d'obtenir l'adhésion des citoyens? Mieux veut croire au père Noël.

M. O'Breham n'est pas un hurluberlu, comme le disent des élus passés et présents. Il est doué d'une grande intelligence et pose de bonnes questions sur la gestion des affaires publiques. Il nous propose une réflexion profonde sur les raisons pour lesquelles les élus doivent délibérer publiquement.

Tout le monde s'en portera mieux, quand on y pense. D'abord les citoyens, qui comprendront comment les membres du conseil en sont venus à favoriser l'option A au lieu de l'option B, ce qui les amènera à l'accepter. Ensuite, les élus, qui n'auront plus l'air d'automates qui approuvent les résolutions les unes à la suite des autres. Ils ont des idées, des opinions, des choses à dire pour faire progresser leur ville. Qu'attendent-ils pour en faire part publiquement?

Les maires et conseillers ont été élus pour décider, entendons-nous souvent dire dans les hôtels de ville dès que des gens s'opposent à certaines décisions. Ils ont en effet toute la légitimité voulue pour s'acquitter de cette tâche. Ça ne les empêche pas de mieux informer leurs citoyens des raisons qui ont guidé leurs décisions.

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