Pistes multifonctionnelles, planification dysfonctionnelle

Il est plutôt gênant de constater en regardant... (Alain Dion, Archives La Voix de l'Est)

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Il est plutôt gênant de constater en regardant une carte de la Ville de n'y voir aucun lien cycliste au nord de la rivière Yamaska Nord, hormis un petit bout le long de la rue Drummond vers le Centre d'interprétation de la nature du lac Boivin.

Alain Dion, Archives La Voix de l'Est

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Michel Laliberté
La Voix de l'Est

Il serait intéressant que les membres du conseil municipal de Granby nous expliquent leur définition de bien public. Parce qu'exiger des citoyens riverains d'une future piste cyclable qu'ils en paient 50 % des coûts de construction met à mal le principe d'équité entre les contribuables.

Le conseil veut que des résidants des rues Saint-Hubert Nord et Léger défraient la moitié de la facture pour construire des segments de pistes multifonctionnelles, la nouvelle appellation pour parler de routes accueillant tout ce qui roule et court. Le tout s'inscrit dans la volonté de la Ville de créer un réseau local de telles pistes pour améliorer la «mobilité active», autre terme à la mode pour parler du déplacement quotidien des gens autrement qu'en automobile.

C'est un projet extraordinaire, disons-le d'emblée. Inciter les gens à se déplacer à vélo, en patins à roues alignées, en planche à roulettes ou encore à la course aura un effet bénéfique multiplicateur sur leur santé, mais réduira du coup également la pollution automobile. Il était plus que temps que la Ville arrive au 21e siècle en s'activant pour développer un tel réseau. Il est plutôt gênant de constater en regardant une carte de la Ville de n'y voir aucun lien cycliste au nord de la rivière Yamaska Nord, hormis un petit bout le long de la rue Drummond vers le Centre d'interprétation de la nature du lac Boivin. C'est d'autant plus inexplicable quand on réalise que plus de 75 % de la population se trouve au nord de la rivière...

Cela dit, comment peut-on sérieusement proposer de facturer les propriétaires où passeront les différents segments de ces pistes? En quoi est-ce une politique équitable à l'égard des autres citoyens? C'est comme demander aux usagers de la bibliothèque de payer seuls les travaux d'agrandissement prévus. Ou encore de dire aux usagers de l'aréna de financer l'ensemble des coûts d'opération de l'aréna. C'est l'équivalent d'exiger des utilisateurs du futur complexe aquatique d'ouvrir leur gousset pour défrayer les coûts de construction.

Tous ces exemples ont en commun une chose: ce sont tous des biens municipaux. Des biens publics. Des infrastructures accessibles à l'ensemble des citoyens, nonobstant la rue où ils vivent. En empruntant la philosophie de ce conseil, enverra-t-on une facture aux propriétaires qui habitent la rue Léon-Harmel du seul fait que le futur complexe aquatique sera érigé sur l'artère où ils résident?

On le répète: construire un réseau local de pistes multifonctionnelles est un projet génial, digne d'une ville qui se veut progressiste. Toutefois, faire payer une partie de la facture par une poignée de résidants est une erreur tactique et politique majeure. Une telle approche provoquera une levée de boucliers, comme on l'a vu avec des résidants de la rue Saint-Hubert Nord fâchés (avec raison) d'apprendre qu'ils devront débourser de leurs poches pour une infrastructure collective.

Le danger est qu'une telle contestation citoyenne retarde le projet, ou pire, le fasse déraper sur la question financière, reléguant au second plan les nombreux bienfaits de ces pistes.

Un des arguments entendus de la part de l'administration municipale est que les propriétaires dans les nouveaux développements résidentiels paient 100 % des coûts de l'aménagement des trottoirs dans leurs rues. C'est faible comme justification. Une piste multifonctionnelle n'a pas la portée limitée d'un trottoir; elle est une voie appelée à jouer un grand rôle dans les déplacements quotidiens d'un grand nombre de citoyens.

Et puisque la Ville parle des nouveaux quartiers, pourquoi n'y a-t-elle pas prévu des pistes multifonctionnelles? À trop réfléchir à savoir comment refiler la facture aux citoyens, le conseil oublie de se projeter dans le futur... Ça fait dysfonctionnel, pour faire une rime avec notre sujet.

La Ville de Granby doit se doter de pistes multifonctionnelles. Ça doit être un investissement public payé à 100 % par la Ville au nom de l'ensemble de sa population.

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