Mater le monstre

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Le système de santé du Québec est un monstre bureaucratique et corporatif que les différents ministres de la Santé ont été incapables de mater.

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Michel Laliberté
La Voix de l'Est

Pas facile de s'y retrouver dans notre système de santé. Il est d'une complexité abyssale. On y compte tant d'intervenants, de patrons, de cadres, de conseillers, de consultants, de syndiqués, de lobbyistes, tellement de joueurs aux desseins souvent opposés. Il existe une kyrielle d'établissements, d'organisations et de réseaux dont on peine à suivre l'évolution des acronymes à la suite des fréquentes restructurations. Le tout ressemble à l'hydre de Lerne, ce monstre à plusieurs têtes de la mythologie grecque.

La seule chose qu'on sait avec certitude de ce système est qu'il est malade. Il ne répond pas suffisamment aux besoins de la population, et n'offre pas un accès aux services et soins dans un délai raisonnable.

En 2014, selon le ministère de la Santé, près d'un million de citoyens n'avaient pas de médecin de famille. À l'époque, 273 000 personnes étaient inscrites sur une liste pour en obtenir un.

Cette donnée est importante. Elle explique en partie pourquoi nos urgences affichent des temps d'attente dignes de pays du tiers-monde. Une personne sans médecin de famille doit souvent se pointer à l'urgence lorsqu'elle éprouve des problèmes de santé. C'est son unique porte d'entrée dans le réseau, le seul endroit où obtenir le précieux billet pour rencontrer un médecin en dehors des murs de l'hôpital. Il faut se munir d'un chapelet et souhaiter qu'aucun cas grave n'atterrisse à l'urgence qui nous reléguerait loin sur la liste des patients. Ainsi est conçu notre système en 2016 dans une province membre d'un des pays les plus riches au monde.

Depuis une dizaine d'années, les ministres de la Santé ont fait la promesse de trouver un médecin de famille pour tous les Québécois souhaitant en avoir un. En mars 2014, le ministre péquiste Réjean Hébert estimait le tout possible à la fin de 2016... En 2015, le ministre libéral Gaétan Barrette assurait que c'est possible d'ici le 31 décembre 2017...

Ça n'arrivera probablement pas. Pourquoi est-ce impossible?

On assure au gouvernement du Québec que l'argent investi suffit pour financer toute la machine. L'État consacrera 38,4 milliards de dollars cette année à ses services de santé. C'est de loin le plus important montant prélevé dans le budget de dépenses de 100,1 milliards de dollars. En comparaison, tous les autres ministères excluant l'Éducation (21,6 milliards de dollars) se partageront 29,7 milliards de dollars.

L'argent ne semble donc pas être le problème.

Le Québec comptait 18 483 médecins omnipraticiens et spécialistes dans son réseau public en 2014, selon les données du ministère de la Santé. Suffisant, pourrait-on croire, pour desservir l'ensemble de la population.

Le Québec fait très bonne figure dans l'ensemble du pays, soutenait en 2014 l'Institut canadien d'information sur la santé. Une analyse de l'organisme estimait que la Belle Province avait un ratio de 237 médecins pour 100 000 habitants. Ça lui conférait la troisième place, seules la Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve affichant un meilleur ratio. La moyenne canadienne était de 220 médecins.

Pour l'année scolaire 2015-2016, d'après les chiffres du ministère de la Santé, 847 places étaient comblées dans les différentes facultés de médecine au Québec.

Le nombre de médecins semble donc suffisant et la relève se porte bien.

Compte tenu des ressources financières majeures injectées dans le système année après année, considérant la présence d'un grand nombre de médecins et l'arrivée de futurs médecins, pourquoi vit-on autant de problèmes?

Les rivalités entre les ordres professionnels nuisent-elles au bon fonctionnement du système? Les chasses gardées des médecins contrecarrent-elles les efforts pour maximiser les compétences d'autres intervenants, comme celles des infirmières? Les syndicats empêchent-ils les réformes de réussir? Les directions des établissements surfent-elles sur une culture d'immobilisme? Les superstructures administratives imaginées par les fonctionnaires étouffent-elles toute initiative venant des régions? Une paresse collective paralyse-t-elle trop de monde?

Comme pour n'importe quel organisme politique, on a l'impression que le réseau de la santé cherche d'abord et avant tout à assurer sa croissance. Il est très efficace pour ça. Trop de politique, trop de réformes, trop de tiraillements, trop de chefs et aucune imputabilité ont mené à la création de ce monstre sous nos yeux.

Comment peut-on le mater? Vaste défi.

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