Les élus dans le champ

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Quinze mois après avoir entendu les doléances de petits producteurs agricoles, la Ville de Granby n'est toujours pas prête à leur présenter une solution. Les membres du conseil n'ont rien compris de leur rôle.

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Michel Laliberté
La Voix de l'Est

(Granby) En politique municipale, l'écoute est certainement l'une des qualités les plus cruciales. Quand un citoyen, un commerçant ou un industriel s'adresse au conseil municipal pour exposer un problème, il est en droit d'obtenir une réponse rapide et qu'une solution, si applicable, soit mise de l'avant dans les meilleurs délais.

C'est une règle d'or que les membres du conseil municipal de Granby ignorent ou ont oubliée.

En janvier 2015, des petits producteurs agricoles (fraises, framboises, bleuets, asperges) ont profité d'une consultation publique de la Ville pour demander un allégement des règlements eu égard à l'affichage. Ils souhaitaient pouvoir installer, pendant quelques semaines durant l'été, de petites pancartes aux coins de rues annonçant ainsi aux automobilistes leur présence.

Certains producteurs, qui soutiennent ne pouvoir se passer de ces pancartes pour attirer des clients, s'affichaient déjà de cette façon, mais avaient reçu des avertissements du service de l'urbanisme de ne plus récidiver sous peine d'amendes. D'où leur désir, en tant que commerçants respectueux, d'obtenir la permission de la Ville.

Ils ont eu leur réponse trois mois plus tard: l'interdiction était maintenue, mais le service de l'urbanisme allait réviser ses normes sur l'affichage à l'automne, avait alors expliqué le directeur général de la Ville, Me Michel Pinault.

Une solution temporaire était pourtant possible -  et évidente -, soit de tolérer l'affichage des producteurs, le temps de trouver une solution définitive. Le conseil a préféré ne pas s'en mêler, laissant l'affaire entre les mains de sa fonction publique.

Ce fut une erreur: 15 mois après avoir entendu les doléances des petits producteurs, la Ville n'est toujours pas prête à leur proposer une solution. Une nouvelle réglementation sur l'affichage sera déposée au conseil plus tard dans l'année, longtemps après les récoltes...

«Cet été, il est trop tard pour eux», a indiqué la semaine dernière le maire Pascal Bonin, en entrevue avec ma collègue Marie-France Létourneau. Les inquiétudes exprimées par les producteurs ne l'ont pas ému. «Mais quand on me dit que ces pancartes directionnelles, c'est la vie ou la mort pour eux, j'ai beaucoup de difficulté avec ça, avec tous les moyens qui existent en publicité en 2016.»

On ignore quelle est l'expertise du maire sur le marketing de produits agricoles. On sait toutefois que ces petits producteurs sont en affaires quelques semaines seulement dans l'année, ne possèdent pas les budgets publicitaires des supermarchés et que leur place d'affaires se trouve souvent au bout d'un rang ou le long d'une route isolée.

Le recours à de petits panneaux leur permet d'être vus des automobilistes sur des artères passantes. « (...) C'est bien beau les médias sociaux et les journaux, mais ce n'est jamais comparable à l'impulsivité d'un achat généré par la vue d'une pancarte avec une asperge ou un bleuet dessus», soutenait avec justesse Mathieu Beaudry, un producteur d'asperges de Granby.

Lorsque M. Bonin affirme qu'il est trop tard cette année pour trouver une solution pour aider les petits producteurs, c'est une façon peu élégante de balayer le tout sous le tapis. Le conseil est souverain. Il peut suspendre l'application d'un règlement, le modifier ou tolérer que certains de ses éléments ne soient pas respectés.

L'attitude de M. Bonin dans ce dossier est pour le moins difficile à cerner. Il s'est fait le champion du «gros bon sens» en politique. Il mène une croisade en faveur d'un allégement réglementaire. Sa gestion de ce dossier est aux antipodes de ses paroles pour un conseil plus près des citoyens.

Les petits producteurs agricoles n'exigent pas de subventions. Ils ne réclament pas non plus le droit d'ériger d'immenses enseignes multicolores permanentes. Ils demandent aux membres du conseil de faire leur travail en facilitant la conduite de leurs affaires.

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