Les affres du tribunal populaire

Qui sait quel sort attend Jean Charest? Les enquêteurs de l'Unité permanente... (Archives, La Voix de l'Est)

Agrandir

Archives, La Voix de l'Est

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Michel Laliberté
La Voix de l'Est

Qui sait quel sort attend Jean Charest? Les enquêteurs de l'Unité permanente anticorruption perquisitionneront-ils sa résidence, son bureau? L'arrêteront-ils comme ils l'ont fait avec Nathalie Normandeau, la fidèle vice-première ministre de son gouvernement? Sur quels motifs les policiers peuvent-ils l'embêter? Ont-ils des preuves? Lesquelles?

Pourquoi l'ancien premier ministre n'a-t-il pas été appelé à témoigner devant la Commission Charbonneau? Le protège-t-on en haut lieu à la Sûreté du Québec, comme on l'a laissé entendre? Des dossiers d'enquête le concernant dorment-ils sur les bureaux des procureurs de la Couronne? On l'ignore.

Des gens ont beau ne pas aimer M. Charest, honnir son legs politique, le soupçonner de financement illicite, de malversation, de corruption, la réalité est qu'il ne fait l'objet d'aucune accusation. Il conserve tous ses droits comme n'importe quel autre citoyen. Dont celui de la parole.

Les internautes se sont déchaînés lundi toute la journée sur les médias sociaux quand ils ont appris que M. Charest allait prononcer une allocution à l'Université McGill sur les «moyens de rétablir la confiance du public à l'endroit des institutions publiques». Plusieurs ont attaqué l'institution, qualifiant d'erreur sa décision d'inviter l'ancien premier ministre. D'autres, plus motivés, ont décidé de faire dérailler son allocution. Avec succès, malheureusement.

«Charest, trou de cul! Espèce de corrompu!», ont scandé les manifestants qui avaient réussi à se faufiler dans la salle où M. Charest s'adressait à un auditoire. Ébranlé, ce dernier est retourné à sa place le temps que le calme revienne. Les insultes à son endroit ont quand même continué. Un représentant de l'Université McGill a invité les manifestants à prendre le micro pour exprimer leurs points de vue. Les manifestants n'étaient pas là pour ça, mais bien pour empêcher l'invité de parler. Voulant éviter de les exacerber et probablement pour prévenir des bousculades, le conférencier a préféré partir.

Une manifestante tenait une banderole sur laquelle on pouvait lire: «Ne pas limiter l'expression des communautés». L'ironie de son message est totale lorsqu'on met celui-ci en parallèle avec son geste d'interdire à M. Charest d'exercer son droit de parole.

Le tribunal populaire agit exactement comme les politiciens, institutions et compagnies qu'il dénonce. On devrait s'en inquiéter. D'autant plus que le tout survient dans une université, un lieu où tous les débats devraient pouvoir se faire. Cela implique que tous les gens ou idées impopulaires doivent être entendus.

La direction de McGill était dans son droit d'inviter M. Charest. Il lui appartiendra de répondre au public, aux étudiants et aux médias de sa décision.

Les manifestants et toute la population québécoise ont peut-être raté une chance d'entendre l'ancien premier ministre sur des sujets d'actualité. Des gens intelligents et allumés assistent à ces conférences. Ils font des commentaires éclairés et posent des questions incisives aux invités. Les réponses sont souvent percutantes, ce qui suscite la discussion. Mais pour cela, il aurait fallu laisser parler M. Charest, ce à quoi le tribunal populaire s'est opposé au profit d'une séance d'intimidation en règle.

Désolant.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer