Moeurs ontariennes

Le Parti libéral de l'Ontario est friand des... (Stéphane Champagne, archives La Voix de l'Est)

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Le Parti libéral de l'Ontario est friand des coquetels de financement. Pour 6000 $, la formation permet aux donateurs un accès directe à la première ministre, Kathleen Wynne.

Stéphane Champagne, archives La Voix de l'Est

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Michel Laliberté
La Voix de l'Est

(Granby) Les ministres du Parti libéral sous l'ère de Jean Charest n'étaient pas les seuls à devoir remplir les coffres de leur parti politique. The Globe and Mail et The Toronto Star rapportaient cette semaine que les ministres libéraux en Ontario étaient aussi appelés à orchestrer des activités de financement pour leur parti. Ils le font d'ailleurs toujours.

Si les objectifs imposés aux ministres québécois étaient de 100 000 $, ceux de leurs collègues ontariens sont beaucoup plus élevés. On parle même d'un système d'objectifs basé sur l'influence des politiciens. Ainsi, nous apprenait The Toronto Star, le ministre des Finances Charles Sousa et le ministre de la Santé Eric Hoskins doivent chaque année ramener dans les coffres libéraux jusqu'à 500 000 $, le ministre du Développement économique Brad Duguid jusqu'à 350 000 $ et les ministres des Transports et de l'Énergie Steven Del Duca et Bob Chiarelli jusqu'à 300 000 $ chacun. Pas question de chômer!

Bien entendu, on n'amasse pas autant d'argent en montant un kiosque de limonade ou en organisant des soupers-spaghetti au Club Optimiste. Les gros sous se collectent via des coquetels dans de somptueux hôtels. Ou encore en invitant de généreux donateurs à des rencontres en privé avec de gros bonnets du gouvernement, comme le révélait The Globe and Mail, il y a quelques semaines. À 6000 $ le billet, les invités s'achetaient un accès «one-on-one» avec la première ministre Kathleen Wynn et le ministre Chiarelli. À ce prix, on s'entend, ça ne jase certainement pas de financement des écoles publiques; on peut spéculer que ça discute plutôt de gros contrats publics!

Lorsqu'on apprend comment ça se passe chez nos voisins de l'ouest en matière de financement politique, on se dit que les moeurs politiques de certains de nos élus ou de nos partis politiques au Québec ne sont pas aussi graves qu'on le prétend. Des politiciens fourbes, ça se trouve partout, se console-t-on.

On se trompe. Ce que le Parti libéral de l'Ontario fait, malgré une invraisemblance incroyable, est tout à fait légal. Les formations politiques là-bas ont le droit de recueillir des dons provenant d'entreprises et de syndicats. Ceux-ci peuvent verser 9975 $ par année aux partis de leur choix au même titre qu'un électeur. Les compagnies ont même le droit de contribuer un tel montant au nom de chacune de leur division...

Passons sur le fait que le système ontarien de financement politique relève d'une époque jurassique. Rappelons-nous plutôt que le Parti libéral du Québec et dans une moindre mesure le Parti québécois ont, pendant des années, sciemment violé la Loi régissant le financement des partis politiques en acceptant des dons d'électeurs qui servaient de prête-noms à des compagnies. Des dizaines, qui sait, des centaines de milliers de dollars auraient ainsi été amassés par l'entremise de ce frauduleux système.

Le Québec avait fait figure de progressisme en 1977 en interdisant aux compagnies et syndicats de contribuer financièrement aux partis politiques. Seuls les électeurs pouvaient dès lors financer les formations politiques. Ce système de financement populaire, qui réduisait l'influence des compagnies et d'autres groupes organisés dans l'exercice électoral, est l'un des nombreux legs de René Lévesque.

Les reportages du Globe et du Star ont fait pas mal de tapage à Queen's Park. La réaction ne s'est pas fait attendre. Mme Wynne a indiqué mardi que son gouvernement déposerait cet automne des modifications aux règles sur le financement des partis. Elle a parlé d'exclure les dons des compagnies et des syndicats et de réduire le montant annuel permis pour un don.

Le directeur général des élections en Ontario pourrait passer un appel à son confrère à Québec. Il l'informerait des astuces mises au point au fil des décennies par les partis et les compagnies au Québec pour passer outre les restrictions de la loi.

Que ce soit ici ou ailleurs au Canada, la valeur des contrats publics et leur nombre font que les tentations et tentatives pour bien paraître aux yeux du donneur d'ouvrage, en l'occurrence le parti au pouvoir, continueront d'être grandes. L'occasion fait le larron, dit-on. Gardons l'oeil ouvert.

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