Capital forestier

Au nom du développement résidentiel, des coupes à... (Janick Marois, La Voix de l'Est)

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Au nom du développement résidentiel, des coupes à blanc sont permises dans les municipalités. Un autre déboisement a débuté dans les anciennes terres Miner à Granby. Il est temps que les municipalités assurent la protection de leur couvert forestier.

Janick Marois, La Voix de l'Est

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Michel Laliberté
La Voix de l'Est

Les municipalités proposent toutes sortes de programmes pour protéger l'environnement. Elles offrent une aide financière aux parents qui optent pour des couches de coton, remboursent une partie des coûts aux citoyens qui changent leur toilette pour une à faible débit et vendent à bon prix des barils d'eau et des bacs de compostage.

Rares sont celles toutefois qui ont des mesures réglementaires protégeant directement l'environnement. On ne retrouve à peu près rien qui encadre l'utilisation de l'eau potable. Très peu de choses sur la qualité de l'air. Peu de lignes également concernant l'intégrité du couvert forestier. Clairement, les municipalités se donnent bonne conscience en distribuant des bonbons verts au lieu de poser de véritables gestes de protection de l'environnement.

Pour l'eau potable, peut-être est-ce en raison de son abondance que nos élus ne semblent pas s'y intéresser. Pour la qualité de l'air, on tient trop à nos services à l'auto. Pour le couvert forestier, leur inaction est plus difficile à comprendre. L'absence de balises et de règles offre une carte blanche aux promoteurs immobiliers.

Ceux-ci donnent allégrement dans les tronçonneuses lorsque des forêts ou des boisés urbains se trouvent au travers de leur chemin. Malheureusement, les cas de dérive sont nombreux. Au nom du développement résidentiel - et des taxes foncières -, les coupes à blanc sont permises dans nos municipalités. Ces dernières années, seulement à Granby, des dizaines d'hectares de forêt ont été éliminés pour y construire plain-pieds, cottages, jumelés et maisons de ville. Rares sont les arbres matures ayant survécu.

Le développement des terres Martel, au sud de la ville, nous démontre le manque d'imagination des promoteurs pour conserver quelques arbres matures. Ils ont tous disparu, sauf en fond de terrain. On ne semble connaître dans l'industrie qu'une seule technique de développement: tout raser... puis planter des fouets pour encore là se donner bonne conscience.

La même philosophie de développement aura préséance dans les autres projets projetés sur les anciennes terres Miner. Des travaux préparatoires de déboisement ont d'ailleurs commencé dans la forêt au sud de la rue Robitaille. Des amoncellements d'arbres matures abattus sont visibles du boulevard Pierre-Laporte.

Lors des travaux initiaux de la première phase du projet Les Jardins Quévillon, en plein coeur de la ville, presque aucun arbre n'est resté debout après le passage des bûcherons. La petite forêt sacrifiée pour faire place aux constructions était composée d'érables, de pins et de pruches matures.

La deuxième phase s'annonce aussi désastreuse. La Ville tente de rassurer les citoyens du secteur en établissant des bandes de protection du «couvert boisé» allant jusqu'à 20 mètres au fond des terrains. La sémantique utilisée est exagérée, pour ne pas dire mensongère. Un couvert est un peuplement d'arbres. Ce que propose la Ville est plutôt une rangée d'arbres...

Un citoyen du quartier 2, Richard Dubé, proposait récemment au conseil de doter la Ville d'une «politique pour favoriser les arbres». Voilà une excellente suggestion. Une telle politique pourrait établir un pourcentage de déboisement selon la superficie des terrains. Elle pourrait aussi exiger des promoteurs de tenir compte de peuplements d'arbres matures dans leurs plans.

Bien sûr, de telles balises compliqueront le travail des promoteurs et des entrepreneurs. Le conseil ne doit pas se laisser distraire par leurs récriminations. Une politique des arbres augmenterait la valeur des terrains, générant des revenus de taxes foncières, réduirait les îlots de chaleur et assurerait une diversité florale et faunique en zone urbaine.

Comment une pratique comme la coupe à blanc peut-elle être interdite dans le fin fond des forêts québécoises, mais être autorisée dans nos boisés urbains? C'est du délire!

C'est une belle occasion pour le conseil d'intervenir pour assurer une qualité de vie aux citoyens. Le développement durable, ce n'est pas empêcher le développement à tout prix, c'est d'en dresser les limites.

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