Pascal Bonin et la chasse aux trolls

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Marc Gendron
La Voix de l'Est

Le maire Pascal Bonin a bien raison: certains propos tenus sur les médias sociaux dépassent les bornes et devraient être punis. Mais le moyen qu'il propose pour assainir les fils de messages qui dénigrent son administration ne tient hélas pas la route.

Trop d'internautes dépassent les bornes lorsque, dans l'anonymat complet ou partiel que procurent les médias sociaux, ils se permettent certaines attaques personnelles. Souvent, dans un français approximatif, ils insultent les gens, critiquent leur travail sans toutefois être en mesure d'appuyer leurs prétentions par des exemples ou des arguments dignes de ce nom.

Clairement, ils ont le sentiment qu'ils peuvent dire n'importe quoi, de n'importe quelle façon, sans craindre que leur précieuse liberté d'expression ne soit brimée, sans se soucier des conséquences de leurs paroles.

Ce genre d'internaute porte même un nom: un troll.

Le cyberespace en est surpeuplé. Les réseaux sociaux tels que Facebook et Twitter, sont devenus leurs terrains de jeu favori.

difficile à appliquer

La volonté du maire Bonin est louable. Il souhaite protéger ses collègues et ses employés de paroles blessantes. Lui-même la cible de commentaires désobligeants sur le web, il voit en l'adoption d'un amendement à la réglementation municipale permettant l'émission de constats d'infraction, une façon de museler ceux qui tiennent des propos orduriers, insultants et blessants.

Mais comment parviendra-t-il à faire appliquer ce règlement? Rien n'empêche un internaute de se créer un faux profil ou même, de limiter l'accès à son propre profil afin d'éviter leur identification formelle.

La police mettra-t-elle des efforts humains, financiers et technologiques considérables afin de traquer les usagers calomnieux dans le but de leur remettre un constat d'infraction?

Oui, la cyberintimidation doit être dénoncée et les intimidateurs, punis. Mais il faut que les moyens pris pour lutter contre ce fléau soient proportionnels à la gravité de l'offense.

Serait-il sage de mobiliser les ressources policières, administratives et juridiques de la Ville pour donner des contraventions contre des individus, contraventions qu'ils ne manqueraient pas de contester? D'ailleurs, rien ne garantit que, devant les tribunaux, la Ville aurait gain de cause.

Pascal Bonin admet lui-même les failles de cette initiative. Ce qu'il dit souhaiter, c'est que les législateurs remarquent ce qui se passe à Granby et resserrent les lois autour de la cyberintimidation.

Solutions existantes

Sinon, des outils existent déjà afin d'évacuer les commentaires offensants. Sur Facebook, par exemple, les propos inappropriés peuvent être signalés aux administrateurs du réseau social afin qu'ils les analysent puis les retirent s'ils ne respectent pas les conditions d'utilisation.

Et rien n'empêche l'administrateur d'une page Facebook de bannir un utilisateur et de retirer ses publications.

Et s'il faut aller plus loin, sachez que la liberté d'expression sur les réseaux sociaux est soumise aux mêmes règles et aux mêmes lois que sur toute autre plate-forme publique. Les propos diffamatoires publiés sur le web sont tout aussi punissables par les tribunaux. Le jugement rendu cette semaine contre Jennifer Pawluck, reconnue coupable de harcèlement criminel pour avoir partagé une photo d'un graffiti montrant le policier Ian Lafrenière avec une balle dans la tête sur Instagram, en est un bel exemple.

Mais la véritable solution, toute optimiste soit-elle, passe par l'exercice du jugement des gens. Derrière son clavier et face à son écran, chaque personne devrait se poser cette simple question avant de publier un commentaire: si je me trouvais devant la personne visée, est-ce que j'oserais lui dire la même chose?

 

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