Refuser le rôle de victime

À eux deux, Michael Zehaf Bibeau et Martin Couture-Rouleau ont fait 35 millions... (Photo La Presse Canadienne.)

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Marc Gendron
La Voix de l'Est

(GRANBY) À eux deux, Michael Zehaf Bibeau et Martin Couture-Rouleau ont fait 35 millions de victimes.

35 millions de Canadiens qui viennent, d'un coup, de perdre leur belle innocence. Autant de Canadiens qui ont vu, pour une rare fois, l'horreur se produire en leurs terres. 

D'Halifax à Vancouver, en passant par Granby, St-Jean, Montréal et Ottawa, les Canadiens portent aujourd'hui le deuil de deux hommes qui avaient juré d'assurer leur défense.

Et le pire dans tout ça? L'ennemi ne venait pas d'ailleurs. Les enquêtes sur les deux tragédies survenues à Saint-Jean-sur-Richelieu et Ottawa n'en sont qu'à leurs balbutiements. On sait déjà qu'il n'y avait aucun lien direct entre les deux meurtriers. Malgré cela, tout porte à croire que leur passage à l'acte a été précédé du même déclencheur: leur esprit fragile, déjà au bord du précipice, a basculé au contact réel ou virtuel d'un quelconque gourou radical. Mais le fait demeure: les deux hommes qui ont précipité vers la mort l'adjudant Patrice Vincent et le caporal Nathan Frank Cirillo sont deux Canadiens dits «de souche».

La tragédie fait d'autant plus mal qu'elle n'a pas été commise par un quelconque fanatique sans visage, par un ennemi qui a mis des mois à planifier son entrée au Canada afin d'amener d'innocentes victimes dans la mort. Le loup a grandi dans la bergerie. Deux p'tits gars d'ici ont agi par pur fanatisme, leur folie exacerbée par les paroles d'un gourou. Ils ont cru donner un sens à leur existence en commettant des actes d'une violence aussi gratuite que dégoutante.

Abdiquer notre liberté

Les évènements de Saint-Jean-sur-Richelieu et Ottawa ont réussi à instiller la peur chez les citoyens du Canada: peur que notre voisin soit le prochain loup solitaire à frapper, peur que d'autres monuments ou institutions publiques soient visées, peur que rien ne soit plus comme avant, peur de l'autre.

Mais aussi forte soit-elle, il ne faut pas céder à cette peur. Vrai qu'il faut revoir les mesures de sécurité autour des édifices publics. Mais hors de question d'en restreindre l'accès au peuple. Ce serait renier l'un des principes fondamentaux de notre démocratie.

Resserrer davantage les règles d'immigration? Permettre l'écoute systématique des conversations téléphoniques de tous les Canadiens? Autoriser le suivi de tous nos échanges sur les réseaux sociaux, le catalogage des pages web que l'on visite? Armer le moindre des agents de sécurité? Emprisonner chaque personne louche, dérangée ou même barbue sans motif légal?

Est-ce là vraiment ce que nous voulons?

Le gouvernement a la responsabilité d'assurer la sécurité de son peuple, de ses institutions, mais il y a une ligne qu'elle ne doit pas franchir. Céder à la peur, ce serait abdiquer notre liberté.

Abdiquer notre liberté, ce serait concéder la victoire aux terroristes qui abhorrent notre mode de vie. 

Les djihadistes se sont réjouis de nous voir souffrir cette semaine. Montrons-leur maintenant de quoi sont capables 35 millions de personnes qui refusent d'être des victimes.

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