L'effet Bonin

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Marc Gendron
La Voix de l'Est

Le maire Pascal Bonin est un drôle de pistolet.

Il ne fait certes pas l'unanimité, surtout au sein du conseil qu'il préside.

Certains lui reprochent son manque de décorum chronique, d'autres, sa propension à prendre des décisions en appliquant la bête réflexion: «Richard (Goulet, son prédécesseur) était contre, alors je suis pour» ou vice-versa.

Mais derrière ses t-shirts, ses jeans, son langage coloré souvent exempt de nuances, ses prises de position incontestablement populistes, se cache un politicien habile, travaillant et déterminé.

L'évolution qu'a connue le projet de conversion de l'église Notre-Dame cette semaine illustre bien le doigté du maire de Granby.

D'opposants à partenaires

Le maire Bonin a d'abord soulevé l'ire des défenseurs de la vocation culturelle et artistique de l'église, l'ancienne conseillère et candidate à la mairie Éliette Jenneau en tête, lorsqu'il a exposé sa vision d'avenir pour l'église. Là où plusieurs espéraient la future bibliothèque municipale ou une salle de concert, il voyait plutôt un institut technologique. Pour ses nombreux opposants, cette idée relevait de l'hérésie.

Il est tout de même parvenu à rallier le directeur général du cégep de Granby, Sylvain Lambert, à sa cause.

Ce n'est un secret pour personne, l'établissement d'enseignement supérieur, qui se trouve tout juste derrière l'église, souffre d'un cruel manque d'espace qui freine son développement. Ce ne sont pas que les cases de stationnement qui font défaut, mais également les locaux de classes.

Pour M. Lambert, qui cherchait depuis belle lurette où installer les étudiants des techniques physiques, la promesse d'un tout nouvel immeuble, jouxtant son campus principal, et d'autres locaux dans le sous-sol de l'église, ne pouvait qu'être bienvenue.

Tour de force

Mais le véritable tour de force réside dans l'intégration du député de Granby, François Bonnardel, au projet. Le péquiste convaincu qu'est Pascal Bonin n'a jamais caché ses couleurs. Il s'est même déjà permis de dire que le député caquiste n'avait «rien fait» pour permettre au cégep d'obtenir un nouveau programme technique de génie mécanique.

«Zéro pis une barre, avait-il alors confié à notre journaliste Pascal Faucher. Il n'a jamais été mêlé au dossier. Moi, j'y ai mis des centaines d'heures.»

Bien entendu, Pascal Bonin et François Bonnardel s'étaient réconciliés pour la galerie quand ce dernier a été réélu. Mais au-delà des fleurs offertes, de la poignée de main et des sourires forcés devant la visite, on ne sentait pas vraiment de sincérité dans cette opération de relations publiques.

Force est aujourd'hui de constater que les allégeances politiques des deux hommes ont été mises de côté pour le plus grand bénéfice de la population qu'ils ont l'honneur de servir.

Voilà l'essence des motivations qui devraient sous-tendre toute implication en politique: laisser l'ego de côté afin de servir les intérêts de la population.

Après son «Quartier des sports», Granby pourrait bientôt avoir son «Quadrilatère du savoir» grâce au travail conjugué de gens aux profils divergents.

L'adversaire idéologique et politique qu'est Éliette Jenneau a déposé sa pétition afin d'appuyer ce projet, François Bonnardel a assuré qu'il le soumettrait au ministre Bolduc. Sylvain Lambert a confirmé que le député libéral de la circonscription voisine de Brome-Missisquoi, Pierre Paradis, souhaitait le voir se concrétiser, sachant sa portée régionale.

Maintenant, quel accueil réservera le gouvernement libéral à un projet aussi ambitieux? Pierre Paradis parviendra-t-il à user d'assez d'influence pour le faire passer sur le dessus de la pile de tous les dossiers se trouvant sur le bureau de son collègue Yves Bolduc? Le sous-sol de l'église Notre-Dame est-il vraiment le bon endroit pour installer un tel programme d'enseignement avec tout ce que ça implique d'équipements et d'améliorations au bâtiment? Les «promoteurs» devront-ils peaufiner leur «plan B» si cette proposition est déboutée? Parviendront-ils à compléter leur montage financier?

Voilà autant de questions qui demeurent pour le moment sans réponses.

Mais malgré l'issue incertaine de cette odyssée, il faut saluer la synergie des Bonin, Lambert et Bonnardel.

Parvenir à rassembler des gens que tout opposait autour d'un projet commun, est-ce là l'effet Bonin?

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