Mais il s'y prend plus indirectement pour annoncer qu'il est en faveur d'un traitement aussi barbare en affirmant, pas très subtilement: "Une personne jugée dans une démocratie qui souscrit à la primauté du droit ne doit pas s'attendre à ce que le gouvernement canadien intercède nécessairement en sa faveur, en particulier lorsqu'elle s'est rendue coupable de crime grave ou violent."
Ce que signifie que si un Canadien est condamné à mort, en Chine, en Iran ou ailleurs, dans un pays qui se définit comme une démocratie, ou même dans certains États américains qui ont conservé la pratique de la peine de mort, le gouvernement Harper ne demandera plus systématiquement la clémence pour le condamné, comme le voudrait la politique canadienne. "La clémence est quelque chose qui doit se mériter", dit le ministre. Mais le respect des valeurs canadiennes doit aussi s'imposer quand il s'agit de juger un Canadien, soit-il à l'étranger et même, soit-il coupable meurtre.
D'abord, la clémence ne signifie pas la libération. Elle signifie simplement que le gouvernement canadien veille à faire reconnaître son système de valeurs dans la protection de tous ses citoyens.
Au plan du droit, l'argument de la justice sociale, même criminelle, a son importance. Et un pays peut toujours considérer que son système judiciaire oblige quiconque commet une faute sur son territoire. C'est son droit. Même qu'un gouvernement peut difficilement critiquer la justice d'un autre pays, démocratique ou autre. La question de droit est intimement liée à un régime, à une tradition, à une culture. Mais il y a davantage.
Quand on parle de droit sur la vie, on se réfère à une question de moralité publique. On peut vouloir défendre une valeur universelle auprès de l'ensemble de la communauté humaine. C'est ainsi qu'un pays décidera de se porter à la défense d'une population victime de génocide, à la merci d'un dictateur criminel ou même souffrant de malheurs comme une famine ou un tsunami. L'intervention s'appuie alors sur une responsabilité morale.
Encore plus si les victimes sont, par exemple, des Canadiens. Moult fois, nos gouvernements se sont portés au secours de voyageurs, de diplomates aux prises avec des circonstances périlleuses. Encore là, le pays conserve une responsabilité morale envers ses ressortissants. Quand la vie est en danger, une référence morale nous dit qu'il faut la protéger. Pas si la personne "s'est rendue coupable de crime grave ou violent...", dit M. Cannon. Pas dans tous les cas, dit le gouvernement Harper...
Alors, on fera du cas par cas? Et qui décidera de la gravité, de la violence ou même de la culpabilité? Les autres? Les Chinois, les Iraniens ou le gouverneur du Minnesota? On connaît les positions de droite, au-delà même du droit, des anciens conservateurs de l'Ouest. La peine de mort est demeurée à l'agenda de plusieurs d'entre eux. Et peut-être à celui de M. Harper.
"Il est de plus en plus direct, il accepte la peine capitale", accuse le chef du Bloc, Gilles Duceppe. On exagère, c'est normal. Mais il reste que le gouvernement apporte une certaine dévalorisation du respect de la vie, une certaine relativisation de la peine capitale, une notion de moralité dépendante des cas qui plaisent ou ne plaisent pas au gouvernement. Il se contredit devant tous les pays qui ont banni la peine trop sauvage.
La position de M. Cannon est inacceptable. Depuis 1976, le Canada défend le respect de la vie de ses citoyens, où qu'ils soient et quoi qu'ils fassent.