M. Guy Durand et la catho-laïcité

À titre de grand défenseur du caractère chrétien du Québec­, il ne se fait pas... (123RF)

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La Voix de l'Est

À titre de grand défenseur du caractère chrétien du Québec­, il ne se fait pas mieux. Dans votre lettre du 13 mars, M. Guy Durand, vous exposez une argumentation qui peine à cacher votre attachement à une vision nostalgique du passé.

En fait, vous appuyez totalement les propos démagogiques de M. Jean Charest et de l'Assemblée nationale qui reconnaissaient le crucifix pendu au-dessus du président à titre de symbole du « patrimoine historique religieux ». Cet argument va dans le même sens que vos affirmations concernant la laïcité quand vous écrivez : « Il s'agit plutôt d'un concept analogique qui admet des modèles variés liés à l'histoire et à l'identité des pays ». Et un peu plus loin : « Il doit tenir compte des droits individuels, mais aussi de l'histoire et de la culture de la population ». Ces propos n'auraient-ils pas pour objectif de soutenir une catho-laïcité­ à la québécoise ?

Vous savez très bien que ce crucifix à l'Assemblée nationale est la mémoire de la Grande Noirceur, c'est-à-dire de cette période où le Québec fut gouverné de 1945 à 1959 par deux pouvoirs autoritaires : l'Union Nationale et l'Église catholique. Et dans ça, il n'y a rien de très glorieux à rappeler. La société québécoise est non seulement sécularisée, mais elle est devenue allergique à la présence de la religion, autant dans sa vie personnelle que collective. Il est vrai que certains souhaiteraient une laïcité bien particulière : privilèges pour les chrétiens, obstruction totale pour les confessions non chrétiennes et oubli méprisant pour tous ceux et celles qui n'adhèrent à aucune croyance. Mais alors, que faisons-nous du principe de « l'égalité » entre les citoyens indépendamment de leur race, leur religion, leur genre et leur culture ? Quelle est l'identité du vrai Québécois et de la vraie Québécoise ? Est-ce qu'elle se limite à l'électeur de race blanche, parlant français, issu de famille catholique, dégustateur de poutines et défenseur du crucifix n'importe où ?

Faire la liste de ce qui se passe en France et dans les autres pays européens est tout simplement un truc archi démagogique qui envoie aux oubliettes le contexte de la complexité séculaire de ces civilisations dans le but de noyer le concept de la neutralité de l'État québécois. L'idée du « patrimoine historique religieux » qui profite d'une définition totalement subjective et qui est utilisée à tort et à travers pour défendre la présence d'éléments religieux au Québec est une astuce fort utile pour ceux qui veulent conserver indûment des privilèges au christianisme. Elle permet de camoufler le refus viscéral d'appliquer une véritable laïcité dans un Québec déjà très laïque dans ses institutions municipales, judiciaires, hospitalières et scolaires. Les deux volets de la laïcité permettent de concrétiser l'égalité entre tous les citoyens et de consolider les conditions favorables à un vivre-ensemble harmonieux avec toutes les différences et les nouveautés que le monde moderne apporte quotidiennement sur la terre du Québec.

André Beauregard

Shefford 




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