Aide sociale: où est la solidarité?

Roger Lafrance, directeur ACEF Montérégie-est.... (Christophe Boisseau-Dion, archives La Voix de l'Est)

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Roger Lafrance, directeur ACEF Montérégie-est.

Christophe Boisseau-Dion, archives La Voix de l'Est

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La Voix de l'Est

Le gouvernement Couillard a adopté son projet de loi 70 sur l'aide sociale. Ainsi donc, chaque nouveau demandeur à l'aide sociale doit maintenant s'inscrire au programme Objectif Emploi sous peine de voir sa prestation réduite de 224 $ par mois.

Rappelons simplement qu'un prestataire de l'aide sociale reçoit 623 $ par mois s'il est apte à l'emploi ou 755 $ s'il a des contraintes temporaires. Déjà, ces montants ne suffisent pas à satisfaire convenablement l'ensemble de ses besoins de base. Alors, imaginez si ces prestations sont réduites de 224 $!

Par cette nouvelle condition, le gouvernement Couillard vise les demandeurs d'une première demande. Pourquoi? Parce qu'il désire que ces personnes puissent rapidement se trouver un emploi ou parfaire leur niveau d'éducation ou d'employabilité.

L'objectif est louable. En effet, qui a envie de vivre de l'aide sociale? Les Bougon appartiennent bien plus au folklore ou aux idées préconçues. Les clichés qu'on entretient sur les assistés sociaux ont la vie dure et ne représentent pas les personnes que nous voyons dans nos bureaux.

Ce que nous voyons, ce sont principalement des gens qui essaient de survivre chaque mois, qui tirent le diable par la queue, pour qui chaque pépin constitue un gros problème, qui vont dans les friperies et les banques alimentaires parce qu'ils n'ont pas les moyens d'acheter dans les magasins et les épiceries. 

Nous voyons aussi des gens qui font face à des démarches bureaucratiques de plus en plus difficiles pour avoir droit à cette aide de dernier recours. Ces dernières années, le gouvernement québécois a coupé dans les bureaux d'Emploi Québec.

Ce changement à la loi ne vise pas que les jeunes. Ils visent tous ceux qui feront une première demande, qu'ils aient 30 ou 50 ans. Il sous-entend aussi que tous les nouveaux demandeurs à l'aide sociale sont prêts à retourner sur le marché du travail. Or, c'est loin de la réalité. Plusieurs d'entre eux ont vécu toutes sortes de situations (physiques ou psychologiques) qui font en sorte qu'il leur est difficile, sinon impossible, de se retrouver dans un contexte d'employabilité. Pensons notamment aux gens aux prises avec un problème d'analphabétisme, qui ont vécu des abus, une dépression ou tout autre problème de santé mentale, sans parler des dépendances. 

En fait, les nouvelles règles risquent d'empirer la situation de bien des gens. Ceux qui seront coupés risquent de se tourner vers l'itinérance ou la criminalité. Est-ce vraiment cela que nous voulons ? Alors que ces gens devraient être mieux accompagnés, on risque de les plonger encore plus dans la pauvreté.

Et vous savez quoi? Le nombre d'assistés sociaux ne cesse de diminuer au Québec. Le taux d'assistance sociale chez les 0-64 ans est passé de 7,4 % en 2009 à 6,4 % en 2015. Cherchez l'erreur.

Une société vraiment solidaire devrait tout faire pour soutenir les personnes les plus vulnérables et les aider à s'en sortir. Pourtant, on fait exactement le contraire depuis plusieurs années. Si cela continue, il faudra changer le nom du ministère du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale, parce que de la solidarité, il y en a de moins en moins.

Roger Lafrance, directeur ACEF Montérégie-est

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