Noël: histoire et sens

La fête fait partie des habitudes humaines, voire de la nature humaine, parce... (123RF)

Agrandir

123RF

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
La Voix de l'Est

La fête fait partie des habitudes humaines, voire de la nature humaine, parce que les hommes et les femmes ont besoin de marquer des temps d'arrêt dans leur vie quotidienne de labeur pour exprimer leur joie de vivre et commémorer des moments joyeux de leur vie personnelle et sociale. Depuis la nuit des temps, ils ont ainsi fêté le solstice d'hiver, moment où les jours commencent à allonger, annonçant le triomphe de la lumière sur les ténèbres et faisant espérer le retour du printemps et des moissons.

Dans l'Empire romain, le 25 décembre donnait lieu à deux fêtes prisées par la population, soit la fête en l'honneur de Saturne, le dieu romain de l'agriculture et de la moisson (les Saturnales donnaient lieu à cinq ou sept jours de ripailles, cadeaux, danses, jeux et repos), soit celle de la naissance de Mithra, une divinité persane dont le culte était très répandu à l'époque : dieu de la lumière, de la victoire du soleil sur les ténèbres, dieu du Soleil invaincu. 

En Occident chrétien, référée à la naissance de Jésus, cette fête a pris une coloration religieuse particulière avec ses symboles populaires : crèche, bergers, anges, étoile, rois mages. 

Puis, au fil du temps, notamment à partir du XXe siècle, elle est devenue une fête à forte connotation sociale et commerciale, notamment sous l'influence du père Noël. Le personnage du père Noël est un mélange fascinant de l'évêque Nicolas, de l'Enfant Jésus, du père Noël britannique (Father Christmas), du Bonhomme Noël allemand (Weihnachtsmann) et des dieux Thor ou Jul de la mythologie nordique. Mais le personnage actuel fut surtout modelé aux États-Unis, en particulier par le caricaturiste Thomas Nast, en 1863, qui inventa le joyeux vieillard ventru à la barbe blanche, avec tuque et costume rouges bordés de fourrure blanche, pantalon bouffant et large ceinture de cuir qu'on lui connaît. Celui-ci fut récupéré par la compagnie Coca-Cola en 1931 qui le popularisa pour mousser la publicité de sa célèbre boisson. Il s'imposa alors partout dans le monde.

Fête chrétienne

La fête s'appelait d'abord La Nativité... Nativitas en latin, conservé dans l'italien Natale et dans le portugais Natal. La fête liturgique est instaurée dans le courant du IVsiècle sous le nom Dies natalis­ Domini nostri Jesu Christi. Le mot Noël n'apparaît qu'au XIIe siècle. Il viendrait du latin, à l'issue d'une évolution phonétique dans l'ancien français (nael). Depuis le Moyen Âge, la langue anglaise dit Christmas (Cristes Maesse, Mass of Christ), joyeux Noël se dit Merry Christmas. 

Durant les trois premiers siècles, l'intérêt des chrétiens porte moins sur la naissance que sur le message de Jésus. Le culte liturgique est centré sur la célébration hebdomadaire de la Résurrection le dimanche et, plus solennellement, le dimanche de Pâques au printemps.

Cela n'empêche pas certains de s'y intéresser. Les Évangiles donnent déjà quelques informations, dont celui de Luc qui affirme avoir consulté autour de lui. Le pseudo Évangile de Jacques, écrit vers 195, donne des détails supplémentaires sur le lieu : grotte, animaux. En 248, à Bethléem, selon le théologien Origène, on montre la grotte où Jésus est né et la mangeoire où il fut emmailloté. À la demande de sa mère, Sainte Hélène, l'empereur Constantin y fera édifier une basilique en 326. Quant à la fête de la Nativité, elle existe déjà à Rome au début du IIIe siècle, le 25 décembre.

Puis, quelques années après le concile de Nicée (325) qui porte sur la divinité de Jésus, le pape Libère a voulu mettre en relief l'humanité de ce même Jésus. [...]

Pourquoi le 25 décembre ? Trois raisons l'expliquent. 1) Cette date correspondait à peu près au solstice d'hiver où les jours commencent à allonger, la lumière à gagner sur la nuit. Le symbolisme de la lumière correspondait exactement au sens que le pape Libère voulait donner à la naissance de Jésus, Soleil de Justice, Lumière qui éclaire le monde et lui donne vie, selon le texte des évangélistes Luc et Jean. 2) Au-delà de ces raisons symboliques, le choix du 25 décembre permettait de concurrencer, voire christianiser les fêtes païennes prisées par la population romaine, soit les fêtes de Saturne et de Mithra. 3) Mais la raison majeure tient probablement au souci de cohérence avec la date de Pâques (Résurrection du Christ) célébrée à Rome au printemps et, en particulier, avec la fête de l'Annonciation à Marie (identifiée à la conception de Jésus), célébrée le 25 mars.

Symbolisme spirituel

Au-delà de sa signification chrétienne, en particulier dans une société sécularisée, on peut élargir le sens de Noël et lui donner une portée spirituelle plus large. [...] 

1. Fête de la famille et de l'amitié. On pense d'abord à une fête de la famille. La famille, en effet, a souvent besoin d'être valorisée, fêtée. Noël peut très bien être la fête de l'amour et de l'amitié, quand la famille n'est plus présente ou plus significative. Noël peut aussi être l'occasion de pardons et de réconciliations. Et les cadeaux peuvent contribuer à la création de cet esprit de solidarité.

2. Temps d'arrêt et ouverture à l'intériorité. Fête légale dans plusieurs pays, Noël instaure un temps d'arrêt dans la vie de travail, un temps de répit dans nos activités besogneuses, un temps de repos. Elle marque que les hommes et les femmes ne sont pas confinés à leurs tâches matérielles. Noël offre ainsi une occasion de réflexion. Elle ouvre un chemin vers l'intériorité : l'entrée en soi-même, la reconnaissance de l'autre dans sa subjectivité. Ce faisant, elle peut ouvrir à la transcendance. À travers bien des manifestations, en effet, c'est un peu le sacré qui se faufile et fait signe. Pas nécessaire, en effet, de croire en Dieu pour être rempli d'émotions et d'espoir à entendre chanter le traditionnel Entre le boeuf et l'âne gris ou l'Ave Maria de Haendel ou le Merry Christmas de John Lennon.

3. Occasion d'accueil et de partage. La pauvreté de la crèche, la simplicité des bergers, les dons des Rois-Mages évoquent un temps d'accueil et de partage. Par-delà ce qu'il peut y avoir de commercial et de conformisme dans l'échange de cadeaux, le geste constitue en soi une manifestation de partage et de don. [...]Au-delà de ce qu'il y a de limité dans les guignolées, celles-ci constituent quand même des gestes de solidarité irremplaçables. Et elles peuvent contribuer à changer les coeurs pour arriver à plus de justice et d'équité dans la société. 

En somme, il y a dans le rituel de Noël une manifestation symbolique de ce que la vie est et devrait être : joie, confiance, fraternité, accueil, solidarité, partage... à l'opposé de la déprime, des exclusions, des inégalités. Si le symbole du gros bonhomme rouge et joufflu s'y prête peu, ceux de la crèche, des bergers, de l'étoile et des Mages y parviennent. La part du mythe dans le récit évangélique n'enlève rien à la richesse et à la fécondité du fait originel, ni à celle des rituels et des symboles actuels.

Guy Durand, Dunham

Inspiré de son livre Fêtes, traditions et symboles chrétiens : Pour comprendre la culture québécoise, Fides, 2014.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer