Un débat mal foutu!

Le débat lancé par Bernard Drainville en 2013-14... (archives La Presse)

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Le débat lancé par Bernard Drainville en 2013-14 sur la laïcité des institutions publiques était pertinent au plan historique et de portée universelle en ce qui concerne la présence des signes religieux dans un espace officiellement déclaré laïque, estime Denis Forcier.

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La Voix de l'Est

Le débat lancé par Bernard Drainville en 2013-14 sur la laïcité des institutions publiques était pertinent au plan historique et de portée universelle en ce qui concerne la présence des signes religieux dans un espace officiellement déclaré laïque. Dès le départ, des hommes comme Lionel Perez, de religion juive, alors maire du quartier Notre-Dame-de-Grâce à Montréal se sentait concerné par la Charte des valeurs et a indiqué son malaise devant l'interdiction éventuelle de la kippa au niveau des municipalités.

Un autre homme, Victor Goldbloom, médecin juif fort respecté, qui a été titulaire de plusieurs ministères au sein de gouvernements libéraux s'est dit contre l'interdiction éventuelle aux juges de porter une kippa, une interdiction irrespectueuse de leur professionnalisme. Sans oublier le grand philosophe Charles Taylor qui questionnait le maintien du crucifix à l'Assemblée nationale. Ce débat avait donc une certaine hauteur quoiqu'il laissait poindre parfois une tendance à viser plus que de raison les femmes musulmanes qui portent le voile et qui en font une question d'identité. Mais, il y a eu le 7 avril 2014 où tout le débat s'est écroulé avec la défaite électorale du Parti québécois. 

Sa reprise officielle avec le projet de loi 62 sur la neutralité de la ministre Vallée, discuté en Commission parlementaire entre le 18 octobre et le 9 novembre, ne mènera sans doute pas au consensus dont aurait eu besoin la société québécoise sur la question de la laïcité. Déposé en chambre le 10 novembre, et ce, sans amendement, ce projet de loi n'interdit formellement aucun signe religieux au nom d'une neutralité, par ailleurs non définie, quoiqu'il oblige la dispensation et la réception des services à visage découvert et ce, non pas pour des raisons relevant de la laïcité dont le mot est même ignoré dans le projet, mais plutôt au nom de la sécurité, de l'identification, et de la communication. Bref, tout au plus, si ce projet est adopté tel quel, aurons-nous un statu quo légèrement amélioré. 

En réaction, les partis d'opposition, excluant QS qui, curieusement, n'a pas participé aux débats en commission, tiennent des positions analogues, quoiqu'excessives, voire discriminatoires. En effet, le PQ et la CAQ, dans l'optique d'une future prise du pouvoir en 2018, acceptent la proposition Bouchard-Taylor d'interdire le port de signes religieux pour les juges, policiers, et gardiens de prison, donc pour le personnel en autorité coercitive, mais aussi pour les enseignants du primaire et du secondaire, soi-disant parce qu'ils sont en autorité. Avec cette nuance que pour le PQ l'interdiction ne s'appliquerait qu'aux nouveaux enseignants, faisant de ceux-ci des inégaux en droits fondamentaux dans un même milieu, ce qui est fort discutable. 

En fait, on peut dire que ces deux partis feront payer le prix de la laïcité principalement aux femmes enseignantes voilées (on n'a parlé que d'elles dans ce récent débat, même plus du crucifix...), une laïcité, principalement définie par l'interdiction de porter un signe religieux ostentatoire visant à protéger soi-disant l'autorité coercitive et éducative sans jamais démontrer en quoi ces autorités ont besoin d'être ainsi protégées.

J'ai pour ma part passé 34 ans dans le milieu de l'enseignement. Des religieuses enseignantes y portaient le costume. Jamais celui-ci ne fut interdit et jamais leur autorité de ce fait n'a été remise en question par qui que ce soit. Au contraire, leur professionnalisme était plutôt remarqué par les parents et les autres enseignants. Alors, cette idée de menace à l'autorité due au port d'un vêtement religieux, ça ne sort de nulle part, considérant l'histoire ou même l'actualité, et de ce fait, cela ne constitue que de la démagogie bassement partisane. Sans compter que ces mesures, ciblant principalement les femmes musulmanes enseignantes, apparaissent de plus en plus comme de l'islamo-fémino-phobie. 

Ce qui ajoute à cette pénible impression est le fait que ces deux partis tiennent aussi à interdire le tchador pour les femmes dans toute la fonction publique et parapublique. Or, celui-ci n'est en rien un signe religieux, mais plutôt un signe d'oppression de la femme d'après la meilleure autorité en la matière au Québec, Fatima Houda-Pepin. Et de ce fait, ce vêtement n'a rien à voir avec la laïcité, mais plutôt à voir avec le bon goût ou la réserve morale dans l'habillement, ce qui est une tout autre question et je me demande bien pourquoi l'État devrait s'en mêler à moment-ci. Pire, s'il s'en mêle et l'interdit au nom de la laïcité, il fera, de ce fait, du tchador un signe religieux qu'on cherchera à protéger devant les tribunaux. Une aberration !

Bref, je suis aussi d'accord avec Fatima Houda-Pepin qui a suggéré à la ministre, en commission parlementaire le 27 octobre dernier, de constituer un forum pour que tous les partis arrivent à un consensus en définissant d'abord de quoi on parle quand on veut légiférer au nom de la laïcité en contexte québécois et non français, et donc aussi, d'une nécessaire neutralité de l'État, et ce, de façon professionnelle, responsable et culturellement significative et marquante pour l'avenir. 

Denis Forcier 

Shefford

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