Réforme de l'aide sociale: encore plus de sang sur les murs

On peut espérer que le ministre François Blais... (Le Soleil Patrice Laroche)

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On peut espérer que le ministre François Blais saura bientôt se rendre compte qu'il est en train d'aller trop loin avec sa réforme de l'aide sociale et les pénalités qu'elle prévoit.

Le Soleil Patrice Laroche

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La Voix de l'Est

Un chroniqueur montréalais écrivait récemment une chronique sur l'austérité et les baisses d'impôt s'intitulant Du sang sur les murs . Ce titre évocateur servait à illustrer les effets des coupes budgétaires et, plus précisément, le fait que la bonne manière de savoir quand on a trop coupé, c'est lorsqu'il y a du sang sur les murs.

Il s'agit là d'une belle façon de dire qu'à un moment donné, il faut savoir se rendre compte qu'on est allé trop loin. Tout comme on peut espérer que le ministre François Blais saura bientôt se rendre compte qu'il est en train d'aller trop loin avec sa réforme de l'aide sociale et les pénalités qu'elle prévoit.

Payer de sa propre chair

L'image du sang sur les murs peut nous faire penser à une pièce de Shakespeare. Dans Le Marchand de Venise, un marchand doit rembourser un usurier par une livre de sa propre chair s'il est en défaut de paiement. Cette image pourrait servir à dénoncer les conditions de vie des personnes assistées sociales. Elle exprime bien le fait que celles-ci « paient » leur temps sur l'aide sociale de leur propre chair. 

En effet, les directions de santé publique le répètent régulièrement : plus on est pauvre, plus on est à risque d'être malade, de vivre moins longtemps et en moins bonne santé. Mais dans le concret, qu'est-ce que cela veut dire, pour les personnes assistées sociales, vivant seules et jugées sans contraintes à l'emploi, de passer le mois avec environ 700 $ (prestation de base + quelques crédits d'impôt) ? 

Le jeu de la survie avec 700 $ : des choix impossibles

Vivre avec 700 $ par mois, cela implique de faire des choix à tout bout de champ. Tout est toujours sur le plateau de la balance. Faire le choix entre un loyer qu'on peut payer et le fait de vivre dans un endroit où on se sent bien, où on a un réseau social, où on a facilement accès à différents services. Choisir un loyer peu élevé oblige parfois à devoir se déplacer constamment pour arriver à combler tous ses autres besoins. Et donc, payer des frais de transport plus élevés. Ou payer plus cher pour se nourrir, parce qu'il n'y a qu'un dépanneur à distance de marche. 

Quand le loyer et l'électricité sont payés, les personnes font ensuite d'autres choix difficiles. Faites le calcul : 700 $ moins le prix d'un loyer dans votre quartier, votre localité. Combien vous resterait-il pour couvrir les autres besoins ? Probablement entre 200 et 300 $, mais c'est souvent beaucoup moins. Selon le Dispensaire diététique de Montréal, une personne vivant seule a besoin d'environ 300 $ par mois, à Montréal, pour se nourrir adéquatement. 

Si, par votre calcul, vous n'êtes pas encore arrivé-e à zéro, n'oubliez pas de retrancher à votre montant restant tout ce qu'il reste comme dépenses : produits d'hygiène, médicaments, transport, vêtements, objets divers... Aussi, vous êtes-vous déjà demandé si on peut se passer du téléphone et d'Internet en 2016 ? Quand on vit de l'aide sociale, la question se pose sérieusement. 

Comment alors avoir une « qualité de vie » ou « une vie digne » lorsque celle-ci se résume à une suite incessante de choix entre différents besoins à combler ?

Enlever 224 $ à ce revenu de misère ?

Comme si ce n'était déjà pas assez épouvantable, que nous propose le ministre François Blais pour une personne qui refusera de participer au programme Objectif emploi, introduit par la présente réforme de l'aide sociale qu'il a concoctée ? Une coupe « modérée », pour reprendre ses termes, pouvant aller jusqu'à 224 $ par mois. 

Le ministre nous dira probablement qu'on exagère encore, que le but n'est pas de couper la prestation des gens, mais de les aider, que la majorité d'entre eux va participer et donc s'en tirer mieux, que l'application du programme sera souple et que les agentEs seront très compréhensifs, et qu'en définitive, seule une minorité de récalcitrantEs sera sanctionnée financièrement. 

Si, comme on vient de le voir, il n'est pas possible de vivre en santé avec 700 $ par mois, on peut dire sans risque de se tromper qu'avec 500 $, c'est vivre tout court qui devient tout simplement impossible. Les personnes assistées sociales ne sont-elles pas déjà assez pénalisées en payant de leur propre chair ? De combien de litres de sang le ministre aura-t-il besoin avant de se rendre compte qu'il est allé trop loin ?

Serge Petitclerc 

porte-parole du Collectif pour un Québec sans pauvreté

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