Méfions-nous des idées simplistes

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Une hausse du salaire minimum, même graduelle sur plusieurs années, aura un impact important pour tous les employeurs qui offrent des salaires près du niveau souhaité. En effet, elle entraînera aussi des hausses salariales pour leurs employés. C'est le cas dans beaucoup d'organismes communautaires, notamment à l'ACEF. Des diplômés du cégep ou de l'université accepteront-ils d'être payés au salaire minimum? Certainement pas.

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La Voix de l'Est

Le salaire minimum à 15 $? En soi, l'idée est intéressante. En effet, peut-on vivre décemment à 10,75 $ de l'heure, même à 40 heures/semaine? La réponse est non, à moins de faire des petits miracles à chaque mois.

Toutefois, si un rehaussement du salaire minimum semble intéressant, il faut faire attention aux effets pervers que cela peut entraîner. Les idées simples en apparence peuvent parfois se révéler simplistes.

Il faut rappeler que ce débat vient des États-Unis où le salaire minimum est de 7,25 $, même si dans plusieurs états il se situe autour de 9 $ de l'heure. Les employés des Walmart ou McDonald's doivent recourir aux banques alimentaires pour boucler leur budget. C'est de là que la campagne d'un rehaussement du salaire minimum à 15 $ est née.

Depuis quelques mois, plusieurs organisations ont repris le flambeau, dont des centrales syndicales. Même l'entrepreneur-vedette et «dragon» Alexandre Taillefer approuve l'idée.

«Ma position est une position avant tout de décence. Nous avons aujourd'hui l'obligation de fournir à des gens qui décident de travailler 40 heures par semaine des conditions salariales décentes,» a-t-il déclaré récemment.

On ne peut qu'être d'accord avec lui. Si plus de gens travaillaient à 15 $, plutôt qu'au salaire minimum ou à peine plus, il leur serait plus facile de combler leurs besoins. Les travailleurs à petits salaires, surtout ceux qui n'ont pas d'enfants, peinent à boucler leur budget, nous le constatons depuis bien des années.

Par contre, le salaire horaire n'est qu'une composante des revenus des travailleurs. Le nombre d'heures est une autre donnée très importante. Dans le secteur commercial et de la restauration, trop de gens travaillent 15, 20 ou 25 heures/semaine, parfois sur des horaires coupés ou sur appel. Ces aspects doivent aussi être évalués. À quoi bon travailler 15 $ de l'heure si l'on est limité à 25 heures/semaine et qu'on doit être disponible en tout temps?

La réalité de nos organisations

Une hausse du salaire minimum, même graduelle sur plusieurs années, aura un impact important pour tous les employeurs qui offrent des salaires près du niveau souhaité. En effet, elle entraînera aussi des hausses salariales pour leurs employés. C'est le cas dans beaucoup d'organismes communautaires, notamment à l'ACEF. Des diplômés du cégep ou de l'université accepteront-ils d'être payés au salaire minimum? Certainement pas.

Un organisme comme le nôtre n'aura sans doute pas le choix de hausser son niveau de salaire, à moins que le gouvernement du Québec hausse ses subventions en conséquence. Faut-il rappeler que la subvention versée à l'ACEF n'a pratiquement pas bougé depuis 10 ans? Pour beaucoup d'organismes, une hausse des salaires se conclura par des mises à pied ou des coupures de services.

Il est sain de débattre de la hausse du salaire minimum. Par contre, il ne doit pas occulter un autre débat tout aussi important, celui du revenu minimum garanti, surtout pour les personnes à faible revenu. C'est pourquoi il faut se méfier des solutions simplistes. La réalité, elle, est toujours beaucoup plus complexe.

 

Roger Lafrance

Directeur de l'ACEF Montérégie-Est

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