De quoi avait l'air le pénis de ton agresseur?

Telle était la question de l'avocate qui défend son client accusé de contact... (123RF.com)

Agrandir

123RF.com

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
La Voix de l'Est

Telle était la question de l'avocate qui défend son client accusé de contact sexuel sur une mineure quand elle avait six ans. La victime n'a pas pu répondre.

De quoi choquer. Quand nous disons que le traitement des victimes d'agression sexuelle dans le système judiciaire est inadéquat, en voici malheureusement encore une preuve et c'est pourquoi le CALACS tenait à rapporter quelques informations au sujet des agressions sexuelles.

D'entrée de jeu, nous pourrions dire, qu'à six ans, quand tu te fais agresser, le pénis de ton agresseur est probablement immense comme un train, mais est-ce important de savoir ça? À six ans, quand tu subis un événement de ce genre, il faut comprendre que tu es en plein traumatisme et qu'en fait, tu ne sais pas trop ce qui se passe vraiment. Court-circuit du cerveau.

Avec les informations très sommaires qui suivent, nous espérons que vous comprendrez pourquoi la mémoire de cette victime est floue et qu'elle oublie des détails.

Tout d'abord, rappelons que l'agression sexuelle est l'un des traumatismes les plus graves, causant une multitude de conséquences telle que le choc post-traumatique.

Nous ne voulons pas ici faire un cours de neurobiologie 101, par contre, nous croyons important de vous expliquer ceci (attention c'est très vulgarisé): voyez-vous, quand un événement traumatique survient, comme une agression sexuelle, il y a ce qu'on appelle une cascade d'hormones défensives qui sont libérées. Ce réflexe de protection fait que la victime sort de son corps, se coupe totalement de la réalité, «fige». En fait, c'est un mécanisme qui permet à la victime de supporter l'insupportable. (Cette information est aussi valable pour toutes les personnes qui se demandent pourquoi la victime n'a pas crié, ne s'est pas débattue...) Cet état fait aussi en sorte que la victime a du mal à estimer le temps qui passe, les distances, les événements autour d'elle.

Alors, quand les questions de Qui-Quoi-Pourquoi ou Comment était son pénis sont posées, il est évident que les victimes ont du mal à se rappeler et qu'il y ait des imprécisions. Juste de se rappeler l'événement, parce qu'elles doivent le raconter encore et encore, de parfois revoir l'agresseur assis devant elles, peut replonger les victimes dans cet état. On parle ici de revictimisation.

Si toutes les personnes qui doivent interroger des victimes d'agressions sexuelles étaient au fait, avaient les connaissances sur ce qu'est la sidération psychique, le choc post-traumatique, entre autres, peut-être qu'elles agiraient autrement, du moins c'est ce que le CALACS espère.

«La plaignante s'est contredite en plusieurs occasions et son témoignage ne devrait pas être retenu, selon l'avocate de la défense.» On imagine que ce sera la même chose qui sera décriée dans le prochain procès de ce même homme accusé de crimes similaires sur deux garçons?

Trois victimes d'un seul et même homme. Ça doit tout être inventé voyons! Qu'est-ce que ça va prendre pour qu'il soit reconnu coupable? Un aveu de sa part? Une vidéo? On n'est pas dans un film ici, on est dans la vraie vie et le système judiciaire est inadéquat pour les victimes d'agressions sexuelles.

Sophie Labrie pour le CALACS de Granby

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer