Religion et identité

Apparemment, si on se fie à la couleur du terrorisme qui secoue le monde et au... (123RF.com)

Agrandir

123RF.com

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
La Voix de l'Est

Apparemment, si on se fie à la couleur du terrorisme qui secoue le monde et au faux problème du burkini, la planète serait traversée par un retour en force du sentiment religieux. Mais est-ce vraiment le cas en Occident?

Concrètement, dans la plupart des pays occidentaux, la majorité des citoyens ont très peu de liens avec des communautés de croyants; ils vivent de plus en plus sans faire référence à des normes religieuses. En fait, les sociétés occidentales sont sécularisées tant sur le plan des individus que des institutions.

Mais alors, pourquoi le religieux (chrétien, musulman, juif, sikh) semble-t-il prendre une place prépondérante dans nos sociétés? Ne serait-ce pas une réponse à un besoin de reconnaissance de l'identité individuelle et sociétale? Pour comprendre cette prépondérance factice, il faut jeter un coup d'oeil sur les changements importants vécus sur l'ensemble de la planète. L'Occident en particulier est présentement traversé par deux mouvements opposés.

Le premier mouvement se définit d'abord par le contrôle exercé sur nos vies par une culture propre au monde des affaires. Cette norme économique totalitaire du néo-libéralisme attaque directement ce qui caractérise essentiellement l'aspect identitaire de nos sociétés; elle réduit la «diversité culturelle» à une simple marchandise «exotique». La globalisation des marchés a non seulement alimenté une croissance des inégalités socio-économiques, mais elle a réussi à uniformiser et aseptiser platement les identités tant personnelles que collectives.

 Dans cet univers où les repères identitaires personnels et collectifs sont grandement bouleversés, ce premier mouvement souhaite en second lieu remédier à la situation par l'implantation d'un fantasme: revenir à une identité homogène appuyée sur des repères nostalgiques. Or, la tentation est grande de choisir le religieux (apparemment immuable et stable) à titre de marqueur rassurant et même très rassurant.

Pour certaines personnes, une forte adhésion religieuse, peu importe la religion, permet de dresser un rempart devant cet effacement mondial de nos diversités culturelles. On n'adhère pas vraiment aux croyances, mais davantage aux éléments ostentatoires. Si cela s'observe davantage dans certaines religions, il se voit aussi dans le christianisme: certains jeunes prêtres, au Québec et en Europe, arborent ostensiblement le col romain. L'objectif est simple: ils se voient comme les derniers défenseurs d'une identité patriarcale stéréotypée soi-disant fragilisée par les acquis des femmes et comme les derniers missionnaires revanchards face à une société qui se sécularise de plus en plus.

Dans cette optique de ghettos religieux, bien incorporer les transformations sociales contemporaines à la complexe construction de notre véritable identité devient un défi très difficile. Un seul exemple: comment réagit le monde religieux face au consensus social qui est passé d'une identité strictement sexuelle à une identité de genre?

C'est dans ce contexte difficile et paradoxal qu'émerge le second mouvement: définir notre nouvelle identité. En tenant compte du pluralisme engendré tout autant par la sécularisation des sociétés occidentales que par la prise de conscience du pluralisme de ces mêmes sociétés, il est possible de construire une identité moderne qui incorpore la complexité des réseaux d'appartenances et l'accueil d'univers symboliques différents.

Pour bien vivre selon cette nouvelle identité, il faut miser grandement sur l'éducation. Au Québec, nous avons la chance inouïe d'avoir implanté le cours d'ECR dans notre système scolaire déconfessionnalisé. Ce cours cherche à développer la pratique du dialogue et l'accueil du pluralisme. De fait, il permet de saisir la relativité, et non le relativisme, de normes sociales, éthiques ou religieuses, créant ainsi l'espace favorable à une culture publique véritablement commune et très riche de sa diversité. Il permet de construire un devenir égalitaire, équitable, pluriel, démocratique et harmonieux autant d'éléments qui font partie de nos valeurs identitaires, premières, communes et universelles. 

André Beauregard, Shefford

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer