Entrée scolaire des 4 ans: est-ce trop tôt?

L'auteure fait part de ses préoccupations concernant l'accessibilité... (René Marquis, La Tribune)

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L'auteure fait part de ses préoccupations concernant l'accessibilité à la maternelle aux enfants âgés de quatre ans.

René Marquis, La Tribune

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La Voix de l'Est

Monsieur Sébastien Proulx, député de Jean-Talon, ministre de la famille, ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport et ministre responsable de la région de la Gaspésie-Iles-de-la-Madeleine.

Monsieur le ministre,

C'est avec conviction que j'aimerais vous faire part, ainsi qu'aux membres du gouvernement, de mes préoccupations concernant l'accessibilité à la maternelle aux enfants âgés de quatre ans.

S'il peut, à première vue, paraître souhaitable que des enfants issus de milieux défavorisés puissent faire leur entrée à l'école plus tôt que prévu, il est loin d'être certain que ces enfants soient prêts pour cette grande institution. N'occulte-t-on pas le rôle et la mission des centres de la petite enfance (CPE) et autres services de garde censés justement préparer ces enfants pour l'école?

L'accès à des services de garde de qualité (bien sûr, cela implique la création de nouvelles places), qui offrira un encadrement plus serré que l'école semble être davantage bénéfique pour le développement sain, équilibré et progressif d'un enfant, encore plus s'il provient d'un milieu défavorisé où cet encadrement de base peut être déficient. Ne nous leurrons pas, l'école d'aujourd'hui est un grand moule où chacun doit prendre la forme qu'on lui donne. Je ne vois pas comment une entrée si jeune dans ce moule, en fauchant les étapes-clés de l'enfance, pourra vous permettre d'atteindre votre objectif de hausser la diplomation. Les enfants ne sont pas de robots, ils n'apprennent pas au même rythme. Défavorisés ou non, s'ils ne sont pas prêts à commencer l'école, s'ils n'ont pas dès l'enfance accès à des services d'orthophoniste, d'orthopédagogue, de psychoéducateur ou autres, leur parcours scolaire risque d'être jonché d'obstacles... et d'échecs. Votre programme aura été du temps et de l'énergie perdus.

La maternelle à quatre ans est une fausse solution pour contrer le décrochage. À mon avis, c'est le système qui a décroché. Les classes sont surchargées, les services insuffisants. Au nom de l'intégration, tant les plus doués que ceux éprouvant des difficultés sont ralentis et démotivés. L'idéal pour ces enfants serait des classes spécialisées en français et en mathématiques de la 1re à la 6e année, adaptées aux enfants et non aux statistiques du ministère de l'Éducation.Comme le dit si bien un chroniqueur bien connu: «Si l'école était importante...»

En 1985, la maternelle d'une demi-journée a été initiée. En 1990, elle est devenue obligatoire et en 1997-1998 les maternelles à plein temps ont été implantées. Des millions ont ensuite été dépensés pour la création des CPE et l'attribution de subventions aux garderies privées. Tout cela, afin de mieux préparer les enfants à leur première année. Maintenant, on vise la maternelle à quatre ans. Ne serait-il pas plus cohérent d'investir plutôt dans ce qui existe déjà? De le bonifier en offrant entre autres des services spécialisés dans les services de garde? De donner un peu d'air aux parents qui ne peuvent se payer ces services? En instaurant la maternelle à quatre ans, n'essaie-t-on pas de détourner les budgets, trop réduits, alloués aux services de garde, pour une mesure faisant réaliser des économies à court terme, mais qui ne pourra s'avérer payante pour l'avenir de nos enfants?

Ayant travaillé dans un CPE et en garderie familiale, je peux vous affirmer que ces endroits sont idéaux pour les jeunes qui peuvent bénéficier d'un environnement sécuritaire favorisant la socialisation et les apprentissages en fonction de leur âge. Par leur approche plus personnalisée, ces services de garde sont en mesure d'assurer un véritable suivi auprès des enfants, de créer un lien de confiance et de détecter très tôt les problèmes de comportement ou d'apprentissage. Je doute que la grande école, malgré les meilleures intentions des enseignants débordés et souvent dépassés, puisse en faire autant.

N'essayons pas, au nom de statistiques de diplomation, de pousser nos enfants trop tôt dans le système. Ils y seront confrontés bien assez vite. Imaginez, commencer la maternelle à quatre ans signifie que l'enfant passera au moins 14 ans sur les bancs d'école et que leur enfance n'aura duré que trois ans. Investissons plutôt dans cette précieuse liberté qu'est l'enfance, dans des services de garde qui, au lieu d'être amputés, permettront à nos jeunes de déployer à leur rythme leurs ailes encore fraîches et de trouver leur chemin dans notre société.

En vous remerciant de l'attention portée à cette lettre, je vous prie de recevoir, Monsieur le Ministre, mes salutations les plus distinguées.

 

Diane Thériault Piette

Sutton

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