Une laïcité avec zéro interdiction

Une femme vetu d un burkini se baigne.... (Archives La Presse)

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Une femme vetu d un burkini se baigne.

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La Voix de l'Est

L'interdiction du burkini sur certaines plages de France et finalement l'interdiction de l'interdiction votée par le Conseil d'État de ce même pays a fait couler beaucoup d'encre tant en Europe qu'ici au Québec.

Alors que ce vêtement est peu utilisé sur nos plages, il a pourtant déclenché chez Nathalie Roy de la CAQ une crise d'islamo-allergie aiguë. Au point de demander au premier ministre de l'interdire immédiatement. On lui a expliqué, son chef entre autres, qu'il était protégé par les Chartes et que le test des valeurs proposé par la CAQ et imposé aux futurs immigrants comporterait, pour compenser l'impossibilité d'interdire, la question suivante: êtes-vous en accord avec l'égalité homme-femme? Cela a calmé madame Roy tout en repositionnant le parti dans l'angle identitaire pour le prochain rendez-vous électoral.

Un autre avantage, tout de même, de cette sortie intempestive est de mettre le focus sur la nécessité de régler la question de la laïcité à l'automne, à l'occasion du débat nécessaire autour du projet de loi 62 de la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, portant sur la neutralité de l'État.

Pour l'instant, l'état de la question est le suivant: Québec solidaire endosse le rapport Bouchard-Taylor, déposé en mai 2008, donc une interdiction des signes religieux limitée aux juges, policiers et procureurs. La CAQ, et le PQ lors de son premier débat à la chefferie, tenaient la même position en y ajoutant l'interdiction pour les enseignants (es) du primaire et du secondaire. Au présent débat, Jean-François Lisée propose une variante, celle d'épargner les enseignants (es) et de réserver plutôt l'interdiction aux nouveaux personnels des institutions publiques. Le PLQ, quant à lui, rejette le concept de laïcité, y préférant celui de neutralité de l'État sans que celle-ci s'applique aux personnes. Ce parti préconise le statu quo, en fait, le modèle de protection de la diversité religieuse à la canadienne. Bref, la laïcité dont il est encore question est d'application restreinte plus ou moins, donc discriminatoire et statique, et c'est pourquoi je la récuse.

Mais il y a ma proposition, une laïcité avec zéro interdiction et d'application universelle que j'appelle une laïcité d'invitation.

Une des dispositions du modèle que je suggère est la suivante: l'État laïque invite tous les Québécois et Québécoises, pour célébrer leur laïcité, à s'abstenir de porter un signe religieux, au moins, un jour par année (date (s) à déterminer). Ceci dans le but de démontrer que la liberté de conscience précède tout choix religieux et qu'ici au Québec, le droit de porter des signes religieux se marie au droit de ne pas en porter, et que ce double droit peut s'exercer publiquement par la même personne.

Ce concept de l'invitation rattaché à la laïcité m'est inspiré de l'histoire du Québec et de sa Révolution tranquille.

En effet, pendant les 60 ans que cela a pris de dialogue, de patience respectueuse et d'évolution progressive afin que nos institutions publiques soient finalement sécularisées et donc placées à distance du pouvoir religieux, jamais les personnes ne se sont fait interdire de porter des vêtements ou des signes religieux; en conséquence, je refuse aujourd'hui ce recours malhabile à l'interdiction applicable surtout à ceux et celles qui sont venus nous rejoindre plus récemment pour vivre avec nous en tant que Québécois et Québécoises.

Je souhaite plutôt leur complicité autour de ce concept de laïcité d'invitation dont le détail a été communiqué par courriel à Stéphanie Vallée (PLQ), Agnès Maltais (PQ), Nathalie Roy (CAQ) et Françoise David (QS) en tant que responsables du dossier de la laïcité, le 22 août dernier, ainsi qu'aux journaux, le 7 août, dans un texte intitulé Plutôt que l'échec définitif.

Après tout, ne vaut-il pas mieux ajouter de la liberté plutôt que d'en retrancher? Mais pour y arriver, je le répète, il faut pouvoir compter sur la complicité, certes, d'au moins quelques musulmanes adeptes du voile ou du burkini, quelques juifs adeptes de la kippa et quelques sikhs adeptes du turban.

Si c'était le cas, nul doute que le gouvernement Couillard pourrait tenter un consensus de tous les partis autour d'un régime de laïcité dit d'invitation, évolutif et dynamique dont il pourrait même faire la promotion dans le but de rassembler tous les Québécois et Québécoises autour de valeurs partagées.

 

Denis Forcier

Shefford 

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