La pertinence d'un registre des délinquants discutable

L'auteure, Sophie Labrie, du CALACS de Granby... (Archives La Voix de l'Est)

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L'auteure, Sophie Labrie, du CALACS de Granby

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La Voix de l'Est

Y a-t-il un agresseur sexuel près de chez vous? D'emblée, c'est presque sûr, à moins que vous ne viviez seul sur une île déserte. Dernièrement, l'une des victimes de l'agresseur sexuel Jean-Louis Savard s'est exprimée dans un journal afin de faire pression sur Québec pour que le registre des délinquants sexuels soit rendu public.

Le CALACS voudrait amener la réflexion un peu plus loin. À prime à bord, ce registre vise à aider les corps de police à prévenir les crimes de nature sexuelle et à enquêter sur ceux-ci en leur permettant d'avoir accès rapidement à des renseignements à jour et fiables sur les délinquants sexuels. Tant mieux si ça peut aider les policiers! (Seulement, sachez qu'il incombe au délinquant de faire ses changements d'adresse et de mettre ses renseignements à jour... Alors, est-ce vraiment fiable? Mais bon...)

Par contre... Pour Monsieur-Madame tout-le-monde, est-ce que ce registre, s'il était rendu public, pourrait les «aider» en quelque sorte? Le CALACS n'y croit pas tellement. J'imagine que vous êtes surpris de lire ça n'est-ce pas? Expliquons-nous.

Tout d'abord ce registre contient seulement les renseignements des personnes condamnées, vous savez, les maigres 3 petits coupables sur 1000 dénonciations. Ça, c'est en proportion... le vrai chiffre est: 633 000 agressions sexuelles déclarées par des Canadiens de 15 ans et plus et seulement 1814 accusations ont mené à une condamnation. Ouin! (Statistique Canada 2014)

On pourrait donc croire que le registre ne sera pas très volumineux, mais là n'est pas le problème. Le problème, c'est que si Monsieur-Madame tout-le-monde a accès à ce registre et qu'il le consulte en se disant: «yes sir, y'a pas d'agresseur dans mon quartier!», eh bien là, on fait fausse route. C'est un faux sentiment de sécurité à cause du peu de condamnations... et surtout en sachant que moins de 10% des victimes portent plainte à la police.

Commencez-vous à comprendre l'ampleur du phénomène?

La plupart du temps (85%), nos enfants et ados sont agressés par des membres de leur famille, de leur entourage, père, oncle, beau-père, grand-père, chum... bref par des gens qu'ils connaissent et en qui ils ont confiance. Est-ce que parce qu'il n'y a aucun agresseur sexuel dans votre rue, vous allez croire que votre enfant est en sécurité et ne pas avoir avec lui des discussions sur les agressions sexuelles? Ça, c'est notre crainte. Parce que la prévention et la sensibilisation sont les meilleures armes contre les agressions sexuelles. Il faut en parler avec nos enfants.

Pourquoi les élus ne mettraient-ils pas davantage leurs efforts sur l'amélioration du traitement judiciaire et sur l'aide aux victimes à la place? (Vous trouvez ça normal que seulement 1 victime sur 10 porte plainte? Il y a des raisons pour ça!)

Pourquoi les élus ne mettent-ils pas plus d'argent dans la prévention, dans la sensibilisation de nos jeunes?

En terminant, advenant que le registre devienne public, est-ce que nous allons assister à des situations, oeil pour oeil, dent pour dent? Parce que ce n'est malheureusement pas donné à tous de contrôler sa colère. Est-ce que c'est le message que nous voulons envoyer à nos enfants, soit celui de régler la violence par la violence? De toute façon, même si un agresseur sexuel reçoit la volée de sa vie, pensez-vous vraiment que c'est ce qui va l'arrêter? 

Sophie Labrie

pour le CALACS de Granby

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