Relations publiques ne riment pas avec bonne politique publique

Nous souhaitons tous voir le nombre de fumeurs... (Archives Le Quotidien)

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Nous souhaitons tous voir le nombre de fumeurs diminuer et l'usage du tabac disparaître chez les jeunes. Et nous adhérerions de tout coeur à une politique fondée sur des données probantes qui mènerait à de tels résultats.

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La Voix de l'Est

En matière de gouvernance, il convient de rappeler qu'une énorme différence sépare la politique publique et les relations publiques.

Les problèmes commencent vraiment lorsque les gouvernements deviennent trop concentrés sur les relations publiques et perdent de vue ce qui sert le mieux les Canadiens et les Canadiennes.

Les initiatives de relations publiques sont comme les friandises: elles satisfont notre dent sucrée et procurent un sentiment de contentement, mais elles sont peu avantageuses à long terme.

Une bonne politique publique, en revanche, est axée sur des décisions gouvernementales fondées sur des données probantes, qui ont des répercussions positives et durables sur la vie d'une population.

Quel merveilleux exemple illustrant cette description que la politique de l'emballage dit «neutre» pour les produits du tabac incluse, à la demande des lobbyistes du secteur de la santé, dans la plateforme du Parti libéral du Canada lors de la campagne électorale.

Nous souhaitons tous voir le nombre de fumeurs diminuer et l'usage du tabac disparaître chez les jeunes. Et nous adhérerions de tout coeur à une politique fondée sur des données probantes qui mènerait à de tels résultats.

Mais toutes les données dont nous disposons aujourd'hui indiquent que le soi-disant emballage neutre n'aura pas cet effet.

Pour les nombreux Canadiens qui n'ont jamais entendu parler de cette politique, la première chose à savoir est qu'il ne s'agit absolument pas d'emballage neutre; cette politique n'a, en effet, rien de neutre.

Il s'agit ni plus ni moins d'un modeste renforcement des mises en garde déjà présentes sur les emballages de produits du tabac: leur surface passera de 75%, selon les normes actuelles, à 100%, et toutes les images de marque seront supprimées.

Il faut beaucoup de temps et d'argent pour bâtir des marques, c'est pourquoi elles bénéficient d'une protection juridique dans les économies de libre marché. Partout dans le monde, de vigoureuses et efficaces politiques de contrôle de l'usage du tabac coexistent avec les politiques qui protègent les marques.

Ce n'est pas pour rien que les gouvernements adoptent des lois visant à protéger les marques. Même lorsqu'il est question de santé publique, il faut de solides preuves pour convaincre le gouvernement de la nécessité d'une nouvelle loi qui affaiblit la protection des marques et du fait que celle-ci s'appliquera sans conséquences négatives.

Aucun gouvernement n'a satisfait à cette norme. Par ailleurs, l'interdiction d'affichage des images de marque frappant les produits du tabac viole les lois qui visent la protection des marques. Elle est contestée par plusieurs pays devant l'Organisation mondiale du commerce, par 11 pays membres de l'Union européenne (UE) devant la Commission européenne, de même que devant la Cour de justice de l'Union européenne.

Puisque nous souscrivons tous aux objectifs de réduction du nombre de fumeurs, pourquoi faut-il précipiter l'adoption de l'emballage neutre alors que cette politique soulève de sérieuses questions d'ordre juridique toujours sans réponse?

Cette question est d'autant plus pertinente qu'en Australie, le seul autre pays à avoir instauré l'emballage neutre, le gouvernement a vu sa politique rater sa cible quant à la réduction de l'usage du tabac et doit faire face à des contestations judiciaires au pays et à l'étranger.

Un important nouveau rapport australien révèle que l'emballage neutre n'a eu presque aucun effet sur les taux d'abandon de l'usage du tabac. En fait, la consommation de produits du tabac en Australie a peut-être même connu une hausse à la suite de la mise en oeuvre de l'emballage neutre en 2012.

Les données d'un sondage national auprès des ménages concernant les drogues (National Drug Strategy Household Survey), mené par l'Australian Institute of Health and Welfare, montrent que l'usage du tabac chez les jeunes est passé de 2,5% en 2010 à 3,4% en 2013.

Le Canada doit examiner les preuves tangibles avant d'aller de l'avant avec cette stratégie de relations publiques.

Les marques, et les lois sur la propriété intellectuelle qui les protègent, jouent un rôle central dans le fonctionnement de notre économie. Porter atteinte à ces protections est une pente dangereuse. Ne prenons pas cette décision pour un maigre «gain» à court terme en matière de relations publiques.

Jayson Myers, président-directeur général et chef de la direction chez Manufacturiers et Exportateurs du Canada

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