Débat sur la laïcité en 2016 (2e partie)

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Dans votre lettre parue le 27 juillet, comme je vous l'ai fait remarquer, M. Forcier, «vous souhaitez un débat sur la laïcité» et c'est ce bout de phrase qui m'a rappelé vos nombreuses pages écrites pour vendre votre projet concernant l'identité des Québécois et la liberté à laquelle vous les conviez.

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La Voix de l'Est

Dans votre lettre parue le 27 juillet, comme je vous l'ai fait remarquer, M. Forcier, «vous souhaitez un débat sur la laïcité» et c'est ce bout de phrase qui m'a rappelé vos nombreuses pages écrites pour vendre votre projet concernant l'identité des Québécois et la liberté à laquelle vous les conviez. Depuis trop longtemps, vous expliquez par des propos grandiloquents que l'identité québécoise devrait s'exprimer par «la fidélité à nos origines diverses liées à une commune destinée et par le partage de nos cultures, nos talents et nos ressources». Plus simplement, vous aimeriez que les Québécois préservent leur identité en s'accrochant à leur passé catholique et en assimilant les nouveaux arrivants et le moyen pour y arriver serait apparemment l'adoption d'une «laïcité à la québécoise». Vous savez très bien que cette option n'a aucun lien avec la réalité démographique du Québec en 2016. Cette vision est située à des années-lumière de «nos valeurs identitaires, premières, communes et universelles».

Ces propos saugrenus ont trop souvent été accompagnés par une autre idée étrange: demander à l'Assemblée nationale de prendre une baguette magique et de déchristianiser, désacraliser et désactiver la symbolique chrétienne du crucifix présent dans le salon bleu. Une idée qui avait pour seul objectif de conserver à l'Assemblée nationale la présence tout à fait inappropriée d'un symbole religieux «historique?» rappelant la Grande Noirceur où, pendant 15 ans, Église catholique et État québécois ont marché main dans la main. Toutes ces idées bizarres que vous avez présentées ad nauseam ont grandement érodé votre crédibilité dans le débat sur la laïcité.

Il est important de vous rappeler, M. Forcier, que la plupart des modèles de laïcité s'appuient sur quatre éléments fondamentaux et que toute intervention dans le débat sur la laïcité qui ne respecte pas ces balises dénature le concept même de la laïcité. Sans le respect intégral de ces quatre balises, il n'y a pas de laïcité. (...)

 1. Le premier objectif de la laïcité consiste à favoriser pleinement la liberté de conscience et son prolongement, la liberté de religion. Ici, on parle d'une véritable liberté et non pas d'un principe à géométrie variable (une façon de faire pour les chrétiens et une autre pour les autres confessions). Voilà l'espace à rajouter dans l'exercice de notre liberté vécue en terre québécoise. Voulons-nous débattre d'une véritable liberté, celle qui englobe la liberté de conscience et la liberté de religion?

 2. Le second objectif de la laïcité vise à assurer l'égalité entre toutes les citoyennes et tous les citoyens. Ici, le principe de l'égalité s'applique non seulement aux relations entre hommes et femmes, mais aussi aux diverses convictions et divers systèmes de croyances qui, tous et toutes, doivent être traités exactement de la même manière, quelle que soit la présence ou l'absence de prescriptions religieuses visibles ou cachées. Voilà une importante facette de l'application du principe de l'égalité vécue en terre québécoise. Voulons-nous vraiment débattre de la manière de traiter toutes les Québécoises et tous les Québécois «sans exception» de manière vraiment égale et juste et inclusive et ouverte et respectueuse de leurs convictions et de leurs traditions? Voilà des valeurs identitaires, premières, communes et universelles qui vont nous conduire à un «vivre ensemble» harmonieux dans ce beau pays du Québec.

 3. Le premier moyen pour parvenir à garantir ces deux finalités est la neutralité de l'État envers la pluralité des conceptions du bien et des interprétations du réel. Cela ne signifie pas que l'État soit sans valeurs, mais que ce dernier promeut les idéaux démocratiques qui concrétisent nos valeurs identitaires, premières, communes et universelles: la tolérance, le respect de la diversité et le respect des droits de la personne que l'on retrouve dans les chartes et les jugements de la Cour suprême. Le principe de neutralité exige donc que l'État s'ouvre en toute impartialité aux diverses conceptions de la vie bonne.

 4. Le second moyen d'appliquer la laïcité consiste à préserver une pleine et entière autonomie de l'État. Concrètement, l'État n'intervient pas dans les affaires religieuses et les autorités religieuses n'interviennent pas dans les affaires politiques. Le principe de l'autonomie de l'État implique une réelle dissociation entre le domaine civil et les normes religieuses: la séparation entre l'Église et l'État est la situation dans laquelle vit le Québec depuis la Révolution tranquille; il ne reste qu'à l'inclure officiellement dans la Charte québécoise.

De nombreuses heures d'informations captées lors de certaines conférences et à la lecture de documents fort accessibles ont permis de comprendre la complexité du concept de la laïcité. Évidemment, ce concept a évolué au cours des siècles et, au gré de situations démographiques différentes, il a vu l'application de ses éléments fondamentaux être légèrement adaptée, mais jamais reniée.

 

André Beauregard

Shefford

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