Laïcité: état de la question

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Bernard Drainville, lorsqu'il a présenté sa nouvelle charte de la laïcité le 15 janvier 2015.

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La Voix de l'Est

Le projet de charte de la laïcité du Parti québécois a échoué le 7 avril 2014 avec la défaite électorale. Depuis, le débat peine à reprendre. Les libéraux, pour y donner suite, comme promis, ont déposé en juin 2015 le projet de loi 62. Le mot laïcité n'y apparaît aucunement. Il est plutôt remplacé par le concept de neutralité. Quoi qu'il en soit, ce projet demeure en attente et les libéraux ne semblent pas pressés d'en débattre.

Quant aux caquistes et aux solidaires, ces partis demeurent sur leur position de 2013-14. Pour les premiers, la laïcité se résumerait à interdire les signes religieux pour les juges, procureurs, policiers et enseignants du primaire et secondaire; pour les seconds, les enseignants sont de trop. Bref, pour ces deux partis, c'est plus ou moins Bouchard-Taylor, une position qui n'a jamais intéressé la majorité des Québécois.

En effet, en 2013-14, les sondages indiquaient à répétition que ceux-ci appuyaient majoritairement le projet Drainville donc une interdiction universelle des signes religieux ostentatoires pour toutes les institutions publiques.

Les péquistes, quant à eux, se cherchent. Dans l'actuelle course à chefferie, Alexandre Cloutier se rabat sur la formule Bouchard-Taylor après avoir accepté avec les autres candidats dans la précédente course d'opter pour la position caquiste. Quant à Martine Ouellet, Véronique Hivon ou Paul St-Pierre Plamondon, ils semblent pour l'instant réfléchir à la question. Seul, Jean-François Lisée exprime une position un peu renouvelée et audacieuse. Il offre, dans ce qu'il nomme sa proposition 8, une sorte de patchwork qu'on peut résumer ainsi:

 I) Inscrire la neutralité de l'État dans la Charte des droits, ainsi que les paramètres à utiliser pour baliser les accommodements religieux.

2) Accepter Bouchard-Taylor, donc des interdictions très limitées quant au port de signes religieux ostentatoires dans les institutions publiques et proposer des études pour vérifier ceux-ci pourraient entacher l'autorité des enseignants.

3) Afficher dans les institutions publiques des avis stipulant que l'État exprime «sa nette préférence pour un devoir de réserve» quant à tout signe démontrant des convictions, politiques, sociales, environnementales, religieuses ou autre.

4) Appuyer les institutions qui, à la suite de négociations avec leur personnel, conviendraient d'interdire le port de signes religieux, à condition que la mesure ne s'adresse qu'aux nouveaux employés protégeant ainsi les droits acquis de leurs personnels.

En dehors de l'univers politique demeurent les militants laïques qui ne croient pas à l'adjectivation de la laïcité. Des Daniel Baril ou Djemila Benhabib qui poursuivent leur combat pour une large interdiction des signes religieux, même si la réussite de celui-ci semble de plus en plus illusoire. Puis, on le remarque bien, les églises et les porteurs de signes religieux, savourant leur victoire, ne disent plus rien se contentant à la fois de l'échec du projet de loi 60 du PQ, de l'arrivée au pouvoir de Philippe Couillard et de Justin Trudeau, lesquels défendent, sans complexe, leurs droits constitutionnels (et non des droits acquis) de porter des signes religieux dans l'espace public, même dit laïques.

En conclusion, je souhaite que, s'il y a reprise du débat, toutes les options soient sur la table et qu'un consensus soit recherché par nos politiciens. Un consensus autour d'une laïcité à la québécoise de nature à renforcer notre identité collective en créant plus d'espace pour notre liberté.

 

Denis Forcier

Shefford

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