Lettre à un fier croyant

Une statue de Jésus devant une église.... (Archives La Presse)

Agrandir

Une statue de Jésus devant une église.

Archives La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
La Voix de l'Est

En lisant votre lettre parue le 20 juillet, M. Roberge, j'ai vite compris qu'à titre de croyant chrétien, certaines descriptions négatives du monde religieux chrétien vous ont, comme vous dites, agacé. Il est probablement impossible de faire le tour de toutes les questions soulevées par les lettres de M. Claude Lamoureux, de M. Guy Durand, de M. Gilles Jarret, les miennes et la vôtre.

À première vue, les valeurs empathiques présentes au coeur de la civilisation occidentale ont certainement été portées massivement par le christianisme, mais peut-on affirmer que seul le christianisme est à l'origine de ce cheminement empathique? Les grandes philosophies issues du bouddhisme, du taôisme et du confucianisme ont aussi joué un rôle important dans le monde asiatique. Bien sûr, les textes fondateurs du christianisme et du judaïsme font mention de ces valeurs, mais, ne faudrait-il pas avouer que les actes parlent beaucoup plus fort que les paroles et que plus souvent qu'autrement, les autorités dominantes se sont violemment opposées à l'application de ces mêmes valeurs.

Il est possiblement vrai aussi que les violences qui ont ensanglanté à peu près tous les peuples de la terre n'ont pas été uniquement le lot des religions, mais un fait demeure, celles-ci y ont participé très largement et elles continuent encore aujourd'hui de façon cruelle. Et parmi ces violences, n'oublions pas les prescriptions morales dont ont souffert de nombreuses générations de Canadiens-français qui, un bon jour, ont dit: «assez, c'est assez».

Il est certainement véridique d'affirmer que toutes les générations d'éducateurs issus du monde catholique et dont la présence a couvert entièrement le territoire du Québec durant de nombreuses décennies n'ont jamais voulu berner la population à laquelle elles s'adressaient, mais elles ont largement contribué «inconsciemment» à perpétuer une espèce d'obscurantisme. Le Québec, depuis la Révolution tranquille à laquelle vous avez heureusement contribué, cherche patiemment à s'en distancer. Des gestes comme la neutralité de l'État et la déconfessionnalisation du système d'éducation permettent cette évolution vers «un vivre ensemble» empreint de liberté, d'égalité et de fraternité dans un monde cosmopolite et pluraliste. Or, les principales sources d'opposition à ce magnifique projet d'une conscience universelle proviennent généralement du monde religieux.

Quant au très long et inachevé débat entre la science et la foi, entre la connaissance et la croyance, au fur et à mesure que les découvertes scientifiques repoussent les limites du mystère, le doute s'installe dans l'esprit des croyants rattachés à l'un ou l'autre des grands courants religieux. Un exemple parmi tant d'autres: le fossé qui se creuse entre les adeptes du créationnisme et les adeptes de l'évolution, entre ceux qui sont convaincus que Dieu intervient du début à la fin de l'Histoire de l'Univers et de l'Humanité et ceux qui commencent à penser que l'Univers pourrait posséder un système de régénération perpétuelle.

La concentration de possesseurs de la vérité, toute la vérité, vous en conviendrez, se retrouve plus souvent qu'autrement chez les croyants. La religion catholique ne donne pas sa place; elle est certainement un haut lieu de cette possession prétentieuse de la vérité. Relisons tout simplement les textes du Pape Jean-Paul II à ce sujet; il y a de quoi ou bien à se scandaliser ou à se tordre de rire. Le dialogue n'est pas facile et ne sera jamais facile entre ceux qui se permettent de douter et ceux qui affirment posséder la vérité absolue et infaillible, parce que supposément révélée.

 

André Beauregard

Shefford

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer