Le Canada doit être une terre d'accueil pour les réfugiés

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En 2017, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) prévoit que 1,19 million de réfugiés dans le monde auront besoin d'être réinstallés dans un pays tiers.

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La Voix de l'Est

On a beaucoup salué l'accueil de plus de 25 000 réfugiés syriens par le gouvernement canadien en début d'année, auxquels s'ajoutent les quelques milliers que le public a choisi de parrainer, ému et mû par la photo du petit Alan Kurdi l'automne dernier.

Ces chiffres sont louables considérant la frilosité ambiante par rapport aux migrants non «économiques». Ils hissent le Canada parmi les trois seuls pays riches - avec l'Allemagne et la Norvège - à assumer leur juste part dans l'accueil des victimes de la guerre en Syrie. Mais ils paraissent bien insignifiants lorsqu'on pense au triste record de 65 millions (presque deux fois la population du Canada) de personnes actuellement déracinées par les conflits armés, les catastrophes naturelles, la persécution et les inégalités extrêmes dans le monde.

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, ce n'est pas aux portes de l'Europe ou de l'Amérique du Nord que frappe la majorité de ces déplacés. Les principaux lieux de refuge sont au plus près des crises: en Syrie et chez ses voisins, mais aussi ces grands oubliés des médias que sont l'Éthiopie, le Soudan du Sud, la République démocratique du Congo, la Colombie, la République centrafricaine ou encore le Yémen - là où les ressources sont limitées et les États souvent fragiles.

Une aide financière à ces pays en première ligne est donc fondamentale pour leur permettre de répondre aux besoins essentiels de leurs nouveaux résidents - qui peuvent représenter jusqu'à 25 % de la population totale, comme au Liban. Plusieurs ONG du Canada et d'ailleurs travaillent aux côtés de partenaires locaux pour améliorer les services publics - eau, assainissement, santé, éducation - ou pour faciliter l'insertion des réfugiés sur le marché du travail, afin d'éviter l'appauvrissement et le ressentiment des sociétés d'accueil.

Devant des crises qui se multiplient et durent en moyenne plus longtemps, où contentieux politiques et ravages climatiques se superposent, les fonds actuellement alloués aux réponses d'urgence sont largement insuffisants. Affaire de capacité ou de volonté? Sachant que l'humanité débourse autant en gomme à mâcher qu'en assistance humanitaire, l'objectif ne semble pourtant pas hors de portée.

L'aide au développement n'est qu'une partie de l'équation. Le complément nécessaire pour un véritable partage des responsabilités passe par l'accueil de réfugiés sur notre territoire. En 2017, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) prévoit que 1,19 million de réfugiés dans le monde auront besoin d'être réinstallés dans un pays tiers - seul moyen pour les plus vulnérables d'échapper à l'exploitation, de trouver une famille d'adoption ou de recevoir le soutien psychosocial nécessaire pour surmonter le traumatisme d'un viol, de bombardements ou d'un épisode de torture.

Si la tendance se maintient, seulement 14 % de ces personnes qui en ont besoin pourront bénéficier d'un programme de réinstallation - aux États-Unis, au Canada, en Australie, en Norvège ou encore au Royaume-Uni. Quant à ceux qui envisageraient de chercher une terre d'asile par leurs propres moyens (un droit pourtant universellement reconnu), parions que les politiques-repoussoirs, tel le récent accord entre l'Union européenne et la Turquie, continueront d'amplifier la précarité et d'enrichir les passeurs clandestins, sans atteindre l'effet dissuasif escompté.

Le Canada, protégé des conflits et de la pauvreté extrême par ses océans et son niveau de vie, n'est pas confronté aux défis de l'Europe ni du Liban. Des consultations publiques sont en cours pour améliorer sa politique en matière de développement international et d'immigration. Le Canada s'annonce également coorganisateur du sommet sur les réfugiés et migrants qui ouvrira la réunion de l'Assemblée générale des Nations Unies à New York en septembre.

Pour démontrer qu'il prend effectivement au sérieux ses responsabilités par rapport aux déracinés de la planète et entend promouvoir la solidarité internationale à leur égard comme il le déclare, le gouvernement doit montrer l'exemple en passant à la vitesse supérieure dans l'accueil des réfugiés (de toute provenance, pas uniquement la Syrie), le financement des opérations humanitaires et la promotion d'initiatives de prévention et de résolution de conflits.

Si la Journée mondiale des réfugiés ne donne jamais grand-chose à célébrer, il semble du moins que cette année, les astres des opportunités s'alignent.

Céline Füri

Chargée de programmes humanitaires, Oxfam-Québec

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