Deux mondes parallèles

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La Voix de l'Est

C'est avec intérêt et sans surprise que j'ai lu votre lettre parue le 3 juin, M. Guy Durand. Vous ne pouvez certainement pas contester le fait que la très vaste majorité des personnes croyantes se soumettent à des lois morales et à des croyances dogmatiques supposément inspirées par un monde parallèle et enseignées d'autorité, et ce, depuis la nuit des temps. Certes, à ma connaissance, vous êtes l'une des très rares personnes croyantes à réfléchir de façon autonome, mais avez-vous déjà exprimé une opinion divergente avec le magistère catholique?

Combien de fois avez-vous entendu ou lu des discours exprimés par les autorités ecclésiastiques ou par des théologiens et dans lesquels ils exprimaient un désaccord public avec le magistère ordinaire authentiquement catholique concernant l'avortement, l'euthanasie, la masturbation, l'indissolubilité du mariage consommé, la contraception artificielle, les relations pré matrimoniales, les actes d'homosexualité, la théorie du genre? Faut-il rappeler l'Histoire de l'Église et de sa triste Congrégation pour la doctrine de la foi? Encore au XXe siècle (lettre adressée au P. Curran en 1986), les évêques ne craignent pas d'affirmer que la doctrine concernant la foi et les moeurs doit s'imposer de manière absolue et être enseignée infailliblement parce que c'est la doctrine du Christ. Où se cachent la liberté et l'autonomie du croyant? Comment peut-on parler de dialogue et de convergence avec des mots comme «absolu» et «infaillible» ?

Lorsque des personnes croyantes prennent le risque de s'exprimer publiquement, elles se font parfois imposer le silence sous peine de sanction et ce n'est pas une fiction. Eh oui, même en 2016! La liberté de parole peut-elle exister sous la dictature d'une vérité transhistorique fondée comme étant révélée? Le dialogue est-il possible sans la reconnaissance de la légitimité d'une position différente? À cet égard, l'Église ne risque-t-elle pas de perdre le peu de crédibilité qui lui reste, s'il lui en reste? Bien sûr, comme toutes les associations existantes, les croyants peuvent se faire entendre dans le débat démocratique, mais, contrairement à l'époque de leur domination, ils ne peuvent imposer leurs vues soi-disant venues d'un au-delà imaginé pour répondre aux angoisses et aux espérances bien présentes au coeur des hommes et des femmes de tous les temps.

Au cours des deux premiers siècles qui ont suivi la mort du charpentier activiste de Nazareth assassiné pour avoir exprimé librement et publiquement ses divergences avec les autorités politiques et religieuses de son pays, les premiers chrétiens, encouragés par les courants philosophiques et mythologiques de l'époque, ont décidé de le diviniser et d'en faire le Fils de Dieu. Et depuis ce temps, le christianisme tient toujours de beaux discours paternalistes qui continuent à diviniser «a posteriori» les efforts d'humanisation accomplis par les hommes et les femmes de ce monde. En fait, le discours religieux appuie plus ou moins discrètement le créationnisme et l'omniprésence des interventions divines plutôt que l'extraordinaire parcours «naturel» de l'évolution humaine: rien pour faciliter l'émergence d'une humanité réellement plus libre, plus digne, plus autonome, plus responsable et plus mature.

 

André Beauregard

Shefford

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