Sacrons sans gêne! C'est de plus en plus québécois

Vous cherchez à vous faire entendre? SACREZ. Vous avez une émotion à partager?... (123RF.com)

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La Voix de l'Est

Vous cherchez à vous faire entendre? SACREZ. Vous avez une émotion à partager? JUREZ... Vous êtes en colère noire? Un gros BLASPHÈME vous soulagera rapidement. Eh oui! Les sacres, les jurons et leurs dérivés font maintenant partie intégrante de la rhétorique québécoise et je trouve cette décadence regrettable.

Oui, je l'avoue, je suis une «matante». Je fais partie de la génération ainsi cataloguée par certains humoristes en manque de texte intelligent. À mon époque, les symboles religieux et leur terminologie représentaient des personnages divins ou des objets de culte et commandaient le respect. Autres temps, autres moeurs. Aujourd'hui, alors que les rites anciens s'enlisent dans l'indifférence générale, le vocabulaire catholique résiste au temps et devient de plus en plus à la mode tout en évoluant vers d'autres symbolismes plutôt dégradants.

De blasphèmes à jurons et à sacres, les gros mots anciennement réservés aux bûcherons et aux langues sales sont désormais intégrés au patrimoine linguistique québécois. Ils sont utilisés à toutes les sauces pour colorer une émotion, positive ou négative, genre: «C'est une criss de bonne affaire!» «Tasse-toé mon tabernacle!» et des litanies telles que: «Osti-criss-de-tabarn...»

Je demeure tout près d'une d'école primaire et durant la récréation, j'en entends de toutes les catégories. Je suis convaincue que la majorité des sacreurs ignorent complètement de quoi ils parlent. Demandez à un jeune: «Un ciboire, c'est quoi pour toi?» Il vous répondra quelque chose comme: «C'est un osti d'écoeurant!» Pour eux le Christ serait un bon diable et le diable, un petit criss. Cherchez l'erreur!

Dans plusieurs films et téléséries de création québécoise, on utilise les jurons sans gêne ni honte entre deux phrases supposément intelligentes. Les messages Facebook en sont truffés et on en prête même aux animaux. Plusieurs humoristes en abusent sans gêne ni retenue en les pimentant de vulgarité gratuite et le monde trouve ça comique. On en retrouve partout, dans les chansons, les vaudevilles et même dans la littérature pour enfants sans que personne ne s'en offusque ou très peu.

Qui ne se souvient pas de l'illustre syndicaliste Michel Chartrand à la verve plus que catholique? De Jean-Marc Chaput qui répétait à toutes les cinq phrases son célèbre «sacraface?» Plus récemment lors de la présentation officielle de sa candidature au trône de petit roi du Québec, Jean-François Lisée a prononcé dans un élan emphatique cette éloquente tirade: «Oui, on fera un osti de bon gouvernement!» Ouf! Heureusement il parlait au futur du conditionnel.

On crie au scandale lorsqu'on veut faire disparaître un crucifix qui ne serait pas à sa place et les expressions alors? Il n'y a pas que les traditions qui foutent le camp, le langage et le respect aussi!

Une «matante» et fière de l'être.

Céline Massé, Granby

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