Une aide conditionnelle pour Israël

L'actuel premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou (à droite),... (Archives New York Times)

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L'actuel premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou (à droite), en compagnie du président américain, Barack Obama

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La Voix de l'Est

Le Devoir du 26 avril nous informait des discussions en cours entre les États-Unis et Israël au sujet du renouvellement de l'accord sur une aide militaire américaine annuelle de 3 milliards afin d'aider Israël à se «défendre et préserver son avantage militaire qualitatif» dans la région. Cela se comprend. Mais les États-Unis devraient en profiter pour obliger Israël à reconnaître immédiatement l'État de Palestine, à savoir mettre cette reconnaissance comme condition du renouvellement de l'aide militaire.

La création de l'État d'Israël fait suite à une recommandation de l'ONU en 1947 sur le partage de la région (la Palestine historique ou mandataire) en deux États autonomes, égaux en droit. Recommandation qui a donné lieu à la Proclamation unilatérale de l'État d'Israël en 1948, suivie rapidement en 1949 de la reconnaissance de l'ONU, sans que la pareille se réalise pour la Palestine, notamment après la proclamation de celle-ci comme État en 1988. Depuis 1949, en effet, on a soumis la reconnaissance de l'État de Palestine au résultat de discussions bilatérales et globales entre l'État d'Israël et l'Organisation de libération de la Palestine (OLP). Or ces discussions n'ont pas encore abouti, malgré toutes les tentatives que les États-Unis ont eux-mêmes favorisées pour y arriver (...)

La reconnaissance de l'État de Palestine, comme État de plein droit reconnu internationalement, s'impose en effet pour des raisons multiples. 1) La réparation d'une injustice historique et d'une iniquité, car la résolution de l'ONU en 1947 portait explicitement sur la création de deux États. 2) L'établissement de l'égalité et de la dignité. C'était le sens même de la déclaration de l'ONU. Et la reconnaissance de cette dignité des Palestiniens inclut la fin de la vie en apatride et dans un état de dépendance, le droit d'avoir un vrai gouvernement, la fierté de faire partie du monde des nations et de faire appel à l'ONU et aux autres organismes internationaux. 3) L'occasion de relance des négociations bilatérales. Cette reconnaissance pourrait, en effet, pacifier les Palestiniens exacerbés et insultés par l'inégalité et la dureté de leur situation actuelle (blocus, occupation de territoire, exactions diverses) et faire débloquer les négociations bilatérales sur les autres points en obligeant Israël à reconnaître un vrai partenaire de discussion.

Cette reconnaissance s'impose d'autant plus que le temps presse parce que la politique «des petits pas» pratiquée par Israël, politique appuyée sur la volonté d'une large partie de la population israélienne de rétablir le Grand Israël, aura fait son oeuvre destructrice et rendu impossible «le retour en arrière», soit l'existence d'un territoire autonome à majorité arabe. Depuis des années, en effet, Israël pratique une politique de «petits pas» qui consiste à gruger continuellement le territoire: élargissement des frontières lors de la guerre de 1949; occupation de nouveaux territoires en Cisjordanie en 1967 (ce qu'on appelle les Territoires occupés); création et extension de colonies juives en territoire cisjordanien (y compris Jérusalem-Est) encore aujourd'hui. Extensions dénoncées des dizaines de fois par l'ONU et encore en janvier 2016 et encore en mars 2016 par Ban Ki-moon en réaction à une nouvelle autorisation gouvernementale de colonisation dans la vallée du Jourdain.

Et cette politique, loin d'être spontanée et circonstancielle, est appuyée sur le rêve et l'idéologie de la création d'un grand Israël, rêve partagé par une bonne partie des Juifs et des leaders israéliens, dont les partis d'extrême droite, ainsi que par le Likoud et le premier ministre actuel Benyamin Nétanyahou: rêve d'un État-nation juif, allant de la Méditerranée au Jourdain, qui admet des citoyens non-juifs plus ou moins égalitairement. Rêve fondé sur l'histoire ancienne: la promesse de Dieu Yahvé (la Terre Promise) ou pour les laïcs la Terre des ancêtres. Rêve renforcé par des motifs géopolitiques.

La discussion actuelle sur le renouvellement de l'accord sur l'aide militaire américaine à Israël constitue donc une occasion privilégiée pour les États-Unis de forcer Israël à entrer dans les objectifs américains et onusiens, à savoir l'établissement d'un État de Palestine. Et la diplomatie canadienne, centrée sur l'établissement de la justice et la paix dans le monde, devrait oeuvrer fortement dans le même sens. On peut être ami d'Israël tout en critiquant certaines de ses actions et orientations. À l'inverse, ne pas dénoncer certaines malversations nous en rend complices.

 

Guy Durand

Dunham

(L'auteur prépare un livre sur le sujet)

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