Bien sûr, nous allons nous habituer

Le premier ministre Philippe Couillard.... (Alain Dion, archives La Voix de l'Est)

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Le premier ministre Philippe Couillard.

Alain Dion, archives La Voix de l'Est

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La Voix de l'Est

Comme la grenouille qui peut survivre dans une eau bouillante si le réchauffement de l'eau se fait très graduellement, nous allons nous habituer à vivre dans une austérité constante d'appauvrissement que le gouvernement ose nommer «équilibre ou rigueur budgétaire». Les coupures drastiques suivies d'un budget inodore, incolore et sans saveur donnent naissance à un immense sentiment d'impuissance qui engendre non pas la résilience, mais l'apathie, le fatalisme et le cynisme.

Peu importe la couleur du parti au pouvoir, depuis 15 ans, les Québécois entendent le même discours: a) les Québécois sont les plus taxés, b) les finances publiques sont prisonnières d'un déficit structurel, c) la dette du Québec est la plus élevée au Canada, d) il faut réduire la taille de l'État, e) il faut couper dans les dépenses, f) il faut atteindre et maintenir l'équilibre budgétaire, g) il faut réduire la dette, h) il ne faut pas hypothéquer l'avenir des générations futures. Autant de propos entendus ou lus et admis et répétés platement par la plupart des médias qui participent à ce lavage de cerveau.

Curieusement, comme la tour de Pise qui penche toujours vers le même côté, les gouvernements continuent à réduire leurs sources de revenus et à couper dans les services aux citoyens en plus de privatiser ou de tarifier ces mêmes services. Lentement et sûrement, nous finissons par nous habituer à ces opérations d'appauvrissements sociaux. Comme les lévriers qui pourchassent un lapin artificiel sans jamais l'attraper, les gouvernements nous font courir derrière le mirage d'une future prospérité. Mais comment bâtir une prospérité future si ces politiques ont déjà pour résultat la destruction de nos institutions municipales, économiques, scolaires, culturelles, communautaires et hospitalières? En fait, ces politiques sont méprisantes par leur caractère foncièrement mensonger. Pendant qu'elles font semblant de s'attaquer au déficit comptable, elles creusent un déficit social qui engendrera des coûts sociaux graves et dangereux, mais, nous allons quand même nous y habituer.

L'un des arguments fallacieux pour soutenir ces politiques de déstabilisation consiste à dramatiser exagérément la possibilité d'hypothéquer l'avenir des générations futures. Ne devrions-nous pas nous poser une question bien simple: quand naîtra exactement la première génération future? Est-ce à dire que les enfants nés depuis l'an 2000 et qui sont âgés d'un an à 16 ans ne font pas partie de ces futures générations? Que ces enfants devront obligatoirement accepter de vivre avec des CPE mal subventionnés, des services scolaires déficients, des services municipaux de plus en plus coûteux, des frais collégiaux et universitaires exorbitants? Et que penser de l'avenir des enfants qui naîtront au cours des prochains quinze ans en subissant eux aussi les conséquences désastreuses de l'austérité maintenue de budget en budget? Quand arrivera-t-elle, cette future prospérité? Quelqu'un peut-il en donner la date? En attendant, nous allons nous habituer à vivre paisiblement et sereinement dans les désastres de l'austérité. Nous aurons probablement besoin d'une petite dose d'apathie et d'amnésie.

André Beauregard

Shefford

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