Notre impuissance nationale

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
La Voix de l'Est

Selon notre nouveau premier ministre, Justin Trudeau, élu le 19 octobre dernier, et qui a obtenu une majorité de députés au Québec, le multiculturalisme et l'accueil de la diversité sont source de progrès et de liberté. Ce qu'il vient de répéter, d'ailleurs, à Washington lors de sa visite chez les Obama.

Dès la campagne électorale, il avait proclamé ou rappelé le dogme multiculturaliste premier, institué par son père, à savoir que le nationalisme, qu'il associait au «tribalisme», est négatif pour l'évolution des sociétés parce que, principalement, il est, selon lui, une source de division.

Et dès son arrivée au pouvoir, pour établir son propre dogme de la diversité absolue, il a fait suspendre l'appel en Cour suprême du gouvernement Harper pour l'interdire et a fièrement autorisé le port du niqab lors de la cérémonie d'assermentation pour devenir canadienne, faisant de Zunera Ishaq une héroïne de l'acceptation par le Canada de toutes les différences, qu'elles soient ethniques, culturelles ou religieuses.

Et au Québec, la semaine passée, le plus canadien et le plus double-trudeauiste de nos premiers ministres depuis longtemps, Philippe Couillard, n'a pas hésité dans cette veine antinationaliste à accuser François Legault de «souffler sur les braises de l'intolérance». Pourquoi? Parce qu'il a osé s'inquiéter de l'augmentation des immigrants au Québec de 50 000 à 60 000, et de notre capacité réelle non seulement à bien les accueillir aux plans matériel, logement et travail, mais en même temps au plan culturel, c'est-à-dire de la langue française et des valeurs québécoises. Cette arrogance du premier ministre a été dénoncée largement et même qualifiée d'odieuse par le chroniqueur Joseph Facal dans le JDM du 12 mars dernier.

Malheureusement, la prochaine élection n'est qu'en 2018, notre premier ministre aura donc tout le temps pour consolider sa vision du Québec, celle d'un territoire canadien sur lequel vit la plus importante minorité francophone du pays. Une minorité qui doit être neutralisée dans son désir d'affirmation, en particulier, par une immigration augmentée de type canadien dont l'obligation première, selon lui apparemment, est de maîtriser l'une des deux langues officielles au Canada. Point!

À part la réaction bienvenue, et largement appuyée par la population, de François Legault, qu'avons-nous pour nous opposer d'ici 2018 à cette dérive nationale?

À part quelques coups de gueule par-ci par-là, nous sommes plutôt démunis comme société distincte. Notre vigueur nationale est de plus en plus inopérante à cause de nos divisions partisanes. En plus, l'absence de référent institutionnel pouvant rappeler le premier ministre à l'ordre et à la réalité, telle une constitution québécoise, incluant une déclaration d'identité et la loi 101, nous laisse finalement impuissants au plan national. Une impuissance qui ne peut plus durer.

Pour contrer cette impuissance, à défaut de pouvoir compter sur un viagra politique, il faut faire renaître le désir de s'affirmer en tant que nation. Pour y arriver, les oppositions, toutes différemment nationalistes, doivent se rapprocher, s'exciter ensemble à l'idée de faire renaître la fierté québécoise et, surtout, se donner de nouveaux outils pour la traduire en de nouvelles et grandes institutions et ainsi la protéger.

Alors, humblement, à titre de simple citoyen, je suggère deux manoeuvres ou jeux de mains politiques, si on préfère, à faire dès maintenant:

1. Que le PQ et la CAQ poursuivent leur rapprochement (un exemple positif: l'affaire Bombardier) et conviennent dès maintenant, en invitant aussi QS, de travailler ensemble à la rédaction d'un projet de constitution nationale.

2. Que le PQ et la CAQ envisagent, ce faisant, de se coaliser, en invitant aussi QS, afin de défaire ce gouvernement libéral en 2018, en proposant aux Québécois, en plus d'un programme politique commun, une démarche d'affirmation nationale claire et en deux temps:

• Demander au Canada de faire partie de la Constitution canadienne en tant que nation, selon notre propre formule, avec, minimalement, des pouvoirs souverains dans le domaine de la langue, de la culture et de l'immigration, donc entériner et concrétiser la démarche nationaliste de la CAQ.

• En cas d'échec, après un temps raisonnable octroyé au Canada, par exemple, de deux ans maximum, soumettre, selon le désir du PQ, au peuple du Québec, par voie référendaire, la question suivante: voulez-vous que le Québec déclare son indépendance du Canada?

En 2016, ne sommes-nous pas rendus là, que les oppositions prennent, d'urgence, les moyens pour retrouver notre puissance nationale, sans laquelle l'avenir du Québec-nation, à moyen terme, ne peut devenir qu'une histoire ancienne?

Denis Forcier

Shefford

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer