Réponse à la lettre ouverte d'Alexandre Hamel-Lesieur

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La Voix de l'Est

Monsieur,

Même si je ne fais pas partie du «groupe des 24 Suttonnais», j'ai lu avec attention votre lettre ouverte pour y trouver, comme vous dites, un peu de lucidité. Malheureusement, elle n'a fait qu'ajouter à ma confusion dans un dossier qui aurait pourtant grand besoin d'études et d'arguments convaincants pour démontrer que les modifications aux règles d'urbanisme sont nécessaires pour favoriser le maintien des jeunes familles à Sutton.

Si je vous comprends bien, vous dites avoir développé à Sutton votre amour de la nature et donc décidé d'y fonder votre famille. Vous dites craindre que le nombre de familles y diminue et que la solution clé serait d'augmenter le nombre d'habitations abordables. Vous pensez que la façon d'y arriver serait surtout une diminution de la superficie minimale des terrains dans certaines zones afin de rendre l'achat des terrains plus accessible. Vous rappelez en passant que seulement 20 % des familles demeurent dans le secteur village, «comme quoi la campagne attire les familles» selon vos propres mots. Mais, dites-vous, des citoyens viennent ralentir les élans de nos élus en proclamant la sauvegarde de l'environnement. Vous laissez entendre qu'il s'agit plutôt d'une manifestation du syndrome «pas dans ma cour» par des citoyens qui veulent voir mourir Sutton.

En bref, votre objectif est de favoriser le maintien ou l'arrivée de familles à Sutton. Le moyen que vous prônez est de réduire la superficie minimale des terrains. Enfin, vous blâmez les citoyens qui ont une vision différente.

Sur l'objectif de favoriser les familles, je pense qu'il est louable et peu contesté. D'ailleurs, je ne crois pas qu'il y ait eu beaucoup d'opposition à toutes les mesures qui permettront d'améliorer la qualité de vie des familles (nouvel éclairage au terrain de balle, patinoire quatre saisons, terrain de tennis, amélioration et nivelage du terrain de soccer, parc pour planches à roulettes...).

Par contre, je ne comprends pas votre raisonnement sur le moyen suggéré pour y parvenir, c'est-à-dire la réduction de la superficie minimale des terrains. En effet, vous avez choisi de fonder votre famille à Sutton en raison de votre amour pour la nature et l'environnement naturel qui vous est offert. Nulle mention de votre part du fait que le prix des terrains aurait pu être un obstacle pour vous. Ce n'est pas étonnant: si vous consultez aujourd'hui le site des inscriptions immobilières MLS, vous y trouverez pas moins de 66 propriétés à vendre à Sutton pour moins de 300 000 $. D'ailleurs, si le prix abordable des résidences avait été si important pour vous, vous auriez certainement plutôt choisi de vous établir à Cowansville dont vous vantez au passage les mérites. Vous admettez ensuite que ce qui attire les familles, c'est la campagne et non le secteur village où seulement 20 % des familles demeurent. Avec la réduction des superficies de terrains, avouez que la campagne sera de moins en moins campagne et attirera donc de moins en moins les familles. Pourquoi alors vouloir étendre le village à la campagne?

Quant au processus choisi par certains citoyens pour remettre en question les choix de nos élus, il découle en grande partie de l'attitude même de nos élus. Laisser libre cours à leur vision irait à l'encontre de la protection de l'environnement naturel qui vous est si cher. Il est normal et souhaitable que, dans une démocratie, des citoyens qui ont des points de vue différents puissent les exprimer ainsi que questionner, remettre en question et contester les décisions des élus qui leur semblent enfreindre les lois. Si cela vous contrarie, vous devriez prôner une dictature et l'abolition de notre système judiciaire, comme cela se fait dans certains pays. Cela aurait au moins l'avantage d'être clair.

Je dois avouer ne pas avoir suivi de très près tout le processus des modifications aux règlements en cause. Cependant, je ne peux que constater que si tentative de manipulation il y a, c'est plutôt du côté de nos élus qu'il faut la chercher. Ils semblent en effet avoir si bien tenté de noyer le poisson qu'ils se sont noyés eux-mêmes. Le dossier de révision des règlements d'urbanisme est devenu tellement compliqué qu'eux-mêmes se trompent dans leurs propres avis publics, avec pour résultat qu'ils ont dû annuler la tenue de certains registres. Ils ont même failli «nous avoir» avec le message Facebook de la Ville qui annonçait l'annulation de ces registres, où ce n'était qu'à la toute fin d'un lien Internet qu'il était mentionné que tous les registres n'étaient pas annulés. Belle tentative pour recueillir moins de signatures!

L'ouverture des registres pendant seulement une journée et en plus un vendredi est aussi une belle tentative, heureusement ratée, de limiter les signatures et l'exercice d'une saine démocratie! Ne serait-ce que pour cette raison, je ne peux faire confiance à ce genre d'administration municipale. Vous vous adressiez au «groupe des 24 Suttonnais». Je ne sais pas qui sont ces 24 Suttonnais, mais sachez que je songe à en devenir le 25e, bien que je soupçonne que les opposants soient encore plus nombreux si je me fie au nombre de signatures des registres. Peut-être serai-je plutôt le 325e.

Finalement, votre invocation du syndrome «pas dans ma cour» m'apparaît plus que gratuite. Croyez-vous sincèrement que l'on peut attendre que des non-résidants de Sutton viennent défendre nos intérêts? Si vous avez du mal à digérer que vos concitoyens expriment des points de vue différents de ce que vous souhaitez, dites-nous sincèrement si vous auriez plus de facilité à accepter que ces objections viennent de citoyens de Bromont ou Granby... En attendant, peut-être pourriez-vous vous consoler en pensant que le juge de la cause ne souffrira pas, lui, du syndrome «pas dans ma cour».

 

Jean-Pierre Noël

Sutton

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