Il s'est tué et on le re-tue?

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La Voix de l'Est

Convenons d'une chose. Ce qui se passe actuellement concernant le sort de Claude Jutra dépasse l'entendement. Cet homme s'est suicidé, il y a trente ans.

La raison officielle fut qu'il ne pouvait pas supporter la maladie d'alzheimer dont il était atteint. Pourtant, l'explication pour la plupart des suicides, selon les spécialistes, réside dans l'insupportable souffrance de vivre, en fait, un trop-plein de souffrance. Dans son cas, il y a celle qui paraissait, l'alzheimer, et celles qui étaient cachées, et parmi elles, peut-être, sa sexualité trouble, on ne sait pas. Il a tout emporté.

Ce qui s'est passé dans sa conscience entre le haut du pont Jacques-Cartier et le fleuve, on l'ignore. Mais ce fut peut-être un moment de lumière et de vie, un moment qui mérite espérance et respect. Ce qui se passe depuis une semaine est tout à fait à l'inverse.

On a découvert, le concernant, un secret abominable. Il abusait d'enfants (deux connus pour l'instant) au plan sexuel. Ces enfants ou autres victimes adolescentes, il faut les retrouver (la police en a pris l'initiative et c'est bien) et leur venir en aide, si nécessaire. Il y a là un devoir de société et une forme de réparation du mal commis par Claude Jutra, dû à sa déviance à cette maladie, la pédophilie.

Ce devoir de société est, en particulier, celui de nos créateurs et de tout le milieu du cinéma québécois. Il est sidérant de voir que ce milieu, du moins par ses représentants chez Québec-cinéma, consent à la disparition du nom et de la mémoire d'un de nos grands cinéastes, tel que décrété par la ministre de la Culture, Hélène David.

En fait, il y a 30 ans, Claude Jutra se tuait, le milieu aujourd'hui le «re-tue» après s'être servi de son nom pour se grandir pendant 17 ans. J'ose espérer qu'on reviendra rapidement sur cette décision, et qu'on trouvera une façon moins barbare de rendre justice aux victimes sans faire de Claude Jutra, 30 ans plus tard, une double victime de l'oubli, l'alzheimer et le «davidamer».

Denis Forcier, Shefford

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