Fausse sécurité

Je ne crois pas que l'adoption d'une loi... (Archives La Presse Canadienne)

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Je ne crois pas que l'adoption d'une loi puisse protéger les jeunes filles du proxénétisme. Car si tel était le cas, le Code criminel serait suffisant à lui seul pour enrayer la criminalité.

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La Voix de l'Est

En tout premier, je tiens à exprimer toute ma compassion envers Marjolaine Aubé et tous les parents qui se font «voler» leurs filles par des proxénètes et également envers celles-ci qui, dans leur naïveté, se font avoir par des vendeurs de rêves et qui se retrouvent dans un véritable cauchemar.

Travaillant dans le champ de la toxicomanie depuis plus de trente ans auprès de personnes qui ont commis des crimes en relation avec leur consommation d'alcool ou de drogue, je ne crois pas que l'adoption d'une loi puisse protéger les jeunes filles du proxénétisme. Car si tel était le cas, le Code criminel serait suffisant à lui seul pour enrayer la criminalité.

Une loi n'arrête pas une personne qui a des intentions malveillantes de passer à l'action puisque la commission du délit a trouvé sa justification dans un raisonnement erroné. L'appât du gain devient une motivation maîtresse de commettre des infractions. L'évaluation du risque de se faire arrêter par les forces de l'ordre peut reposer sur une pensée magique (un calcul risqué) ou bien elle a été fort bien estimée (risque calculé). Le trafic de drogue en est une très bonne illustration.

Toutefois, il est très bon d'adopter une loi qui manifeste les valeurs de la société, sa réprobation à l'égard d'un crime ou même l'horreur que celui-ci peut soulever. Mais la sévérité d'une sentence ne suffit pas à elle seule à dissuader de commettre une infraction criminelle, sauf pour les personnes qui seraient hésitantes relativement à leurs propres valeurs. La crainte des conséquences adverses est alors en mesure de modifier une manière de voir, de penser et d'agir. Pour l'ensemble des criminels, cela ne change rien.

Le meilleur moyen de diminuer la criminalité demeure dans la prévention d'une part et d'autre part en outillant très bien les différents corps policiers pour arrêter les criminels.

Malheureusement, l'application de la loi C-452 qui renverse le fardeau de la preuve pour les proxénètes qui font la traite de personnes ne peut constituer une mesure de sécurité. Les criminels ont toujours détenu l'art de s'adapter dans leur manière d'opérer pour éviter le plus possible leur arrestation.

 

René Gagnon, directeur Centre d'entraide La Boussole, Granby

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