Qui veut de ce Québec-là?

«Apparemment, un pourcentage important de Québécois veut conserver... (Archives La Presse Canadienne)

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«Apparemment, un pourcentage important de Québécois veut conserver le crucifix à l'Assemblée nationale et dans les locaux des conseils municipaux. Ils ont raison. Ce crucifix rappelle que rien n'a changé: le gouvernement appuyé par une population indifférente ou réactionnaire vote pour la liberté, celle de crucifier froidement les personnes démunies, malades, handicapées, âgées, en difficultés scolaires.»

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La Voix de l'Est

M. Gérard Bouchard se demandait dans La Presse du 14 décembre 2015: «Où va le Québec?» Mais, la vraie question est plutôt celle-ci: La société québécoise actuelle ne serait-elle pas exactement celle que collectivement nous voulons?

Une société qui refuse toute forme de compassion, qui déteste toute forme de solidarité, qui rejette toute forme de fraternité. Une société qui fonce tête première dans l'insouciance, l'indifférence, le simplisme et l'ignorance.

Depuis vingt ans, les partis politiques (PQ, PLQ, CAQ) n'ont cessé de critiquer l'État Providence et de faire la promotion de ce maudit principe antisocial de l'utilisateur payeur. Leur recette gagnante est simple: faire référence à des préjugés de bas étage, avancer des théories qui ne sont appuyées par aucun fait réel ou aucune étude sérieuse, proposer des solutions qui vont à l'encontre du gros bon sens. Apparemment, un pourcentage important de Québécois veut conserver le crucifix à l'Assemblée nationale et dans les locaux des conseils municipaux. Ils ont raison. Ce crucifix rappelle que rien n'a changé: le gouvernement appuyé par une population indifférente ou réactionnaire vote pour la liberté, celle de crucifier froidement les personnes démunies, malades, handicapées, âgées, en difficultés scolaires.

M. Bouchard exprimait avec raison sa grande inquiétude: «On serait tenté de croire qu'il s'agit de transformer notre société afin de l'infléchir vers le tout au marché, l'individualisme néolibéral et la loi du plus fort: chacun devient son propre «entrepreneur», les autres sont des compétiteurs ou des rivaux. Que deviennent la solidarité et la cohésion sociale? Et pourquoi réduire les impôts, la taille et le rôle de l'État, en même temps que les services publics? On se prend à craindre que des intérêts privés soient en train de faire main basse sur l'État, comme ils l'ont fait aux États-Unis et ailleurs.»

Depuis des mois, La Voix de l'Est publie des lettres de citoyens qui décrivent la grande détresse vécue dans leur milieu familial, hospitalier, scolaire, communautaire, culturel, municipal et bien d'autres. Je demande à ces citoyens en détresse de répondre à la question posée par M. Bouchard. «Qui veut de ce Québec-là?»: Le voisin qui, chaque matin, vous salue gentiment fait-il partie des 40% de ceux qui n'ont pas voté aux dernières élections et qui, par conséquent sans s'en rendre compte, appuient le gouvernement actuel? Ou bien fait-il partie de ceux qui ont voté aveuglément pour le gouvernement actuel malgré un bilan archi-désastreux? Ou bien fait-il partie de ceux qui dans les derniers sondages appuient encore solidement les politiques néolibérales de la droite?

Dans cette même lettre, en décrivant les aspirations des Québécois, M. Bouchard prend très naïvement ses rêves pour la réalité: «Ce à quoi aspire la grande majorité des Québécois, c'est une société soucieuse d'équilibres, qui fait preuve de compassion, qui s'efforce à l'équité dans ses choix collectifs en soutenant à la fois les entreprises et le salariat, qui s'occupe d'économie, mais aussi de culture, et sait réformer dans le respect des citoyens. C'est aussi un gouvernement démocratique qui consulte avant de se lancer dans des changements radicaux au lieu de pratiquer un autoritarisme croissant qui indispose.»

Par contre, il décrit très bien la triste réalité: «La pente sur laquelle l'État vient de s'engager mène vers les pires travers du néolibéralisme. La note à payer en fin de compte (une démobilisation sociale, un retard dans l'éducation et la recherche, une déloyauté des gouvernants envers la population, une hausse des problèmes sociaux) risque d'être énorme.»

Vous vous doutez bien, M. Bouchard, que les baisses d'impôts demandées et même exigées par la CAQ et promis par le PLQ vont paver la voie à notre esprit masochiste et suicidaire comme l'ont fait les Britanniques avec Margaret Thatcher et les Américains avec Ronald Reagan.

 

André Beauregard

Shefford

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