Faut-il arrêter au stop ou stopper à l'arrêt?

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
La Voix de l'Est

Un sujet est revenu d'actualité à la suite de l'intervention de Georges Rioux (La Voix de l'Est, 21 janvier) concernant les stops de Granby.

Je me souviens d'une discussion que j'avais eue un jour, avec le maire Paul-O. Trépanier. Il était favorable à l'emploi du mot «stop» pour figurer sur nos panneaux d'arrêt, selon l'usage international et il affirmait que le terme «stop» était un mot français. Il avait raison. En effet, «stop» est officiellement français depuis 1792. Ce n'est pas d'hier. Certains avaient alors proposé: «arrêt/stop». Personnellement, j'optais pour que l'on garde le vocable «arrêt» à consonance plus française. Je trouvais bien sympathique ce régionalisme québécois, une espèce de marque de commerce. En 1992, une législation a stipulé que «l'arrêt obligatoire (pouvait) être signalé soit par "arrêt", soit par "stop", mais il n'(était) plus permis d'afficher les deux». Finis les fameux «arrêt/stop». Avec Christine Larivière (La Voix de l'Est, 22 janvier), je crois qu'il n'est pas opportun de rebaptiser nos panneaux d'arrêts.

J'ajoute qu'il est normal que l'on s'approprie certains mots des autres langues. Une langue, ça bouge. Des mots meurent, d'autres apparaissent. D'autres qui nous viennent parfois d'ailleurs. Le danger, c'est d'inonder notre lexique, de le dénaturaliser et d'affaiblir notre langue en tuant certains de nos beaux mots par l'arrivée massive de termes anglais. On estime que, du début du XVIIIe siècle à nos jours, 5% des mots français ont été remplacés par des mots anglais dans notre vocabulaire courant, surtout depuis le début du XXe siècle. Il faut être vigilants. Dommage que le doux mot «allure» ait été remplacé par le sonore «look»; dommage que «medley» ait remplacé la poésie de nos mélimélos, potpourris et florilèges... Nous avons «les mots pour le dire»... et ils sont magnifiques.

J'admire la sensibilité de Georges Rioux concernant le paysage français de notre ville et du Québec. Si tous les artistes et les commentateurs de la télévision avaient le même souci de la langue française que lui, le franglais ne serait pas aussi fleurissant. L'autre jour, au petit écran, j'entendais un animateur qui s'excusait d'avoir employé le mot «bizarre»; il s'est vite repris claironnant un weird sonore. Il faut le faire! Mes oreilles sont fatiguées - les miennes et probablement les vôtres - d'entendre, dans une phrase française, des winners, losers, fighters, debaters, briefers, dealers. Voici d'autres perles cueillies dernièrement au royaume de Radio-Canada: «Y drive l'émission», «Ya écrit un daily paper», «Yé warm dans une discussion assez soft».

Gaston Miron disait que ce qui est menaçant pour le français, «ce n'est pas le joual, mais le horse» et il ajoutait, lors de la nuit de poésie que nous avions organisée au Cégep de Granby: «Nous sommes tous responsables de garder vivantes notre langue et notre culture».

 

Émile Roberge

Granby

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer