Le mensonge: un outil marketing

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La Voix de l'Est

Enfant, nous allions à confesse nous accuser d'avoir conté des menteries. Le curé nous condamnait à quelques «Je Vous Salue Marie» pour effacer cette tache de notre âme d'enfant. Au cours des ans, notre âme et notre innocence ont fait place à la réalité. Le mensonge n'est plus un péché, mais un outil marketing pour que chacun puisse faire avancer sa cause.

Le politicien nous raconte, le trémolo dans la voix, que son désir le plus cher est de servir la population. Bien sûr, le pouvoir, les sous et la pension associés au service du citoyen sont les récompenses de ce grand don de soi fait pour nous. Béatement, nous sourions à la pureté de cette grandeur.

Les syndicats, lors d'une négociation, nous parlent de leurs inquiétudes pour nos enfants, des embûches que sèment les politiciens pour les empêcher de nous offrir ces services impeccables qu'ils ne nous offrent généralement pas. Lorsque l'augmentation est accordée, leurs inquiétudes s'évanouissent. Les sous et les pensions ont alors un effet bénéfique sur le stress causé par tous ces services enlevés aux enfants. Mais le professeur médiocre, lui, sera toujours là à texter en classe. Heureusement, ce type d'incompétent est l'exception. Il devrait cependant titiller les inquiétudes des chefs syndicaux.

Les partis d'opposition s'attaquent à l'ogre au pouvoir en nous racontant toutes les fourberies dont cet ogre est capable. (...)

Souvent, le poids du mensonge est porté par le porte-parole du ministre ou de son ministère, ce qui doit compliquer la tâche des anges de St-Pierre qui compilent les fautes pour le grand lavage du jugement dernier. Ainsi, au ministère du Revenu, ce sont les porte-paroles qui ont péché non pas le ministre ou sous-ministre ayant mis en place la politique des bonis. (...)

Est-ce un mensonge ou une connerie lorsque les élus des commissions scolaires nous parlent d'attaque à la démocratie si le ministre envisage de les mettre au rebut? Je ne saurais dire. Il y a tellement longtemps que je n'ai pas été à confesse. Vous comprendrez sans doute que je suis dès lors moins familier avec le catalogue des péchés.

Même la religion pratique le mensonge-marketing avec adresse. Les extrémistes parlent, disent-ils, au nom de Dieu. Ils tuent allègrement et promettent 75 vierges au pauvre désaxé qui se fera sauter au milieu d'innocents. Nos curés nous ont - eux aussi - gavés de paradis, d'enfer et même de limbes pour nourrir nos peurs. Aujourd'hui, l'auditoire se fait rarissime chez nous. L'Église porte donc son discours dans les pays pauvres où les gens tremblent encore de brûler en enfer.

Chacun de nous propose parfois nos petits mensonges à un conjoint, un ami, notre enfant - ceux à qui nous de devrions jamais mentir.

Je nous souhaite pour cette nouvelle année qui nous accueille, un vent, mieux encore un tsunami de transparence pour que tous ces gens qui veulent notre bien ne le fassent pas en inventant toujours de meilleurs mensonges, mais en nous servant la vérité. Si mon voeu se réalise, les porte-paroles auront l'air moins niais, nous connaîtrons les vrais enjeux et nous respecterons les gens de pouvoir. Souhaitons donc que tous ces coupables courent au confessionnal. (...)

 

Gilles Guay,

Bromont

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