Virage au privé du Dr Lasnier: grosse victoire pour le MSSS

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La Voix de l'Est

Si l'on croit cette idée que, dans un système néolibéral, on utilise comme stratégie de rendre les services publics totalement inefficaces dans le but de justifier qu'on en donne par la suite la gestion à l'entreprise privée, le départ du Dr Lasnier de la RAMQ est une grosse victoire pour le gouvernement Couillard et le ministère de la Santé et des Services sociaux.

Dans une ville comme Granby où la qualité de vie semble si bonne, il y a une souffrance qui augmente à vitesse grand V et ce mal, grandement camouflé, Dr Lasnier devait le voir défiler dans son bureau chaque jour. Suis-je déçue qu'il ait finalement choisi de passer au privé? Immensément. Puis-je lui en vouloir? Aucunement.

Il est totalement anormal, dans une province où l'on vante encore l'universalité des soins, qu'un administrateur de CSSS fasse la une du journal local pour faire connaître l'excellente performance financière de son établissement alors que plus de 7000 citoyens n'ont pas de médecin de famille.

Il est également totalement anormal qu'un seul médecin, dans son petit cabinet, accepte de voir sans rendez-vous l'ensemble de la clientèle orpheline parce que les GMF, avec leurs équipes médicales, leurs subventions, leurs infirmières praticiennes fournies par l'État, n'y arrivent pas. (...)

Au Partage Notre-Dame, où, avec des collègues infirmières, j'offre mes services bénévolement à une clientèle particulièrement vulnérable, Dr Lasnier était parfois l'option qui nous permettait de référer une personne au bon endroit. Pas de l'envoyer à l'urgence pour son suivi d'hypothyroïdie, pas de lui demander de se trouver du transport pour aller dans une clinique de Cowansville, mais de voir un médecin qui pratique la médecine comme «dans le bon vieux temps», à proximité des gens ayant besoin de soins.

Cette proximité et ce gros bon sens sont une forme de rébellion devant le rouleau compresseur de la réforme du système de santé. Quand le ministre parle de mettre le patient au coeur des soins, il utilise un langage orwellien qu'il me fera plaisir de vous traduire: si votre région couvre 13 000 km et qu'il s'y trouve un seul établissement de santé, que ses dirigeants sont nommés par un ministre omnipotent (...), vous êtes mieux d'attacher votre tuque avec d'la broche. Si vous trouvez que c'est loin de parcourir 50 km pour avoir une chirurgie, vous devriez commencer à accumuler des points Air miles!

Le quota de patients imposé aux médecins est une autre forme de double langage à la 1984. Il n'a pas pour but de trouver un médecin aux patients n'en ayant pas, il vise à vider les hôpitaux du corps médical. Les lucratives super cliniques et les Croix bleue de ce monde pourront apparaître en sauveurs, en faux prophètes en fait. Power Corporation, par son rachat de cliniques de fertilité, sera tenté de faire comme il le fait au sud de la frontière, c'est-à-dire prêter de l'argent aux couples infertiles, parfois à des taux d'intérêt frisant les 20%, pour que ceux-ci puissent s'assurer une progéniture.

Vous seriez étonnés du nombre de démissions de médecins dans les CISSS et les CIUSSS actuellement. C'est sans compter le nombre de retraites hâtives signées par les infirmières durant les négociations de la convention collective, c'est sans compter le recul salarial que la relève infirmière sortant des cégeps à partir de 2019 devra essuyer en vertu de la refonte des échelles salariales par celui qui tient les cordons de la bourse, Martin Coiteux. Lorsque même le président de l'Association des gestionnaires de la santé et des services sociaux fait une sortie pour expliquer que gérer les salles d'urgence de tous les hôpitaux d'une région, c'est peut-être une tâche irréaliste pour une infirmière-chef, on comprend que le patient est au coeur des soins, mais que tous les autres sont au diable vert!

Une des idées fausses faisant partie de l'imaginaire québécois est qu'un patient voyant son médecin au privé libère une place pour celui devant voir un médecin dans le réseau public. Ce serait vrai si les médecins pouvaient se cloner (... )

Dans les derniers mois, deux personnes se sont présentées à notre clinique du Partage alors qu'elles devaient se rendre au CLSC pour un changement de pansement. Pourquoi venaient-elles nous voir? C'est simple, le CLSC ne fournit plus le matériel. Je vous mets au défi d'acheter chaque jour des compresses stériles et des pansements spéciaux en pharmacie alors que vous recevez seulement votre pension de vieillesse, des chèques de sécurité du revenu, que vous travaillez au salaire minimum ou que votre salaire sert largement à nourrir ou mettre un toit au-dessus de la tête de vos enfants. (...) J'ai moi-même quitté le réseau public il y a quelques années, (...) pour faire un passage par le secteur pharmaceutique avant de réintégrer un emploi au sein du réseau. La qualité et l'accessibilité des soins me tiennent grandement à coeur, comme ce doit aussi être le cas pour Dr Lasnier. Quand on prend ça trop à coeur, dans le système actuel, le rouleau compresseur nous écrase. On croit que la seule façon de se sortir la tête de l'eau est de faire le saut au privé. Est-ce décevant? Immensément. Peut-on nous en vouloir? Aucunement. Est-ce une victoire pour le MSSS? Absolument!

Linda Ross,

Infirmière, citoyenne, patiente

Granby

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