Noël aux multiple facettes : les Origines

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La Voix de l'Est

Au cours des jours menant au réveillon, le théologien et professeur retraité de l'Université de Montréal, Guy Durand, racontera l'histoire de Noël, cette fête dont le sens et l'importance ont changé au fil des années.

Noël est la fête chrétienne la plus populaire, la plus riche en émotions, même si elle n'est pas la plus importante - la plus importante étant Pâques.

La fête s'appelait d'abord La Nativité... Nativitas en latin, conservé dans l'italien Natale et dans le portugais Natal. La fête liturgique est instaurée dans le courant du IVe siècle sous le nom Dies natalis Domini nostri Jesu Christi. Le mot Noël n'apparaît qu'au XIIe siècle: première attestation écrite en 1112. Il viendrait du latin Natale,à l'issue d'une évolution phonétique dans l'ancien français (nael). Depuis le Moyen Âge, la langue anglaise dit Christmas (Cristes Maesse, Mass of Christ), Joyeux Noël se dit Merry Christmas.

Durant les trois premiers siècles, l'intérêt des Chrétiens porte moins sur la naissance que sur le message de Jésus. Le culte est centré sur la célébration hebdomadaire de la Résurrection le dimanche et, plus solennellement, au printemps le dimanche de Pâques.

Cela n'empêche pas certains de s'y intéresser. Les Évangiles donnent déjà quelques informations, dont celui de Luc qui affirme avoir consulté autour de lui. Le pseudo Évangile de Jacques, écrit vers 195, donne des détails supplémentaires sur le lieu: grotte, animaux. En 248, à Bethléem, selon le théologien Origène, on montre la grotte où Jésus est né et la mangeoire où il fut emmailloté. À la demande de sa mère, Sainte Hélène, l'empereur Constantin, y fera édifier une basilique en 326. Quant à la fête de la Nativité, elle existe déjà à Rome au début du IIIe siècle, le 25 décembre.

Puis, quelques années après le concile de Nicée (325) qui porte sur la divinité de Jésus (le mystère de l'Incarnation de Dieu), dans un Empire devenu favorable à la religion chrétienne, la fête de la Nativité de Jésus se répandit sous l'impulsion du pape Libère. En Occident, elle devint rapidement populaire, mais il fallut des siècles avant que l'ensemble des Chrétiens adopte la date romaine du 25 décembre.

Pourquoi le 25 décembre? Différentes raisons l'expliquent.

Cette date correspondait à peu près au solstice d'hiver où les jours commencent à allonger, la lumière à gagner sur la nuit: ce qui donne à espérer le retour des semailles avec la venue du printemps. Le symbolisme de la lumière correspondait exactement au sens que le pape Libère voulait donner à la naissance de Jésus, Soleil de Justice, lumière qui éclaire le monde et lui donne vie, selon le texte des évangélistes Luc et Jean.

Au-delà de ces raisons symboliques, le choix du 25 décembre permettait de concurrencer, voire christianiser des fêtes prisées par la population romaine, soit la fête en l'honneur de Saturne, le dieu de l'agriculture et de la moisson (les Saturnales donnaient lieu de cinq à sept jours de ripailles, cadeaux, danses, jeux et repos), soit la naissance de Mithra, une divinité persane dont le culte était très répandu à Rome à l'époque, dieu de la lumière, de la victoire du soleil sur les ténèbres, dieu du Soleil invaincu.

Mais la raison majeure tient probablement au souci de cohérence avec la date de Pâques (Résurrection du Christ) célébrée à Rome au printemps et, en particulier, avec la fête de l'Annonciation à Marie (identifiée à la conception de Jésus) célébrée le 25 mars, neuf mois plus tôt.

En Nouvelle-France, on pense que Jacques Cartier a fêté Noël en 1535, puis en 1541 sur le site de Cap-Rouge. Les Relations des Jésuites décrivent la coutume en 1633. On trouve la mention d'une première fête de Noël à Montréal, sur la Place Royale, en 1642. Dans l'ensemble, en contrepoint de l'hiver, la fête était entourée de réjouissances importantes. Elle donna lieu parfois à des excès, comme en 1645 où le gouverneur en vint à punir deux ivrognes qui avaient troublé la messe de minuit.

À la fin du XXe siècle, presque tous les pays ont adopté le calendrier chrétien. La fête de Noël est maintenant quasi universelle: on la célèbre par des décorations, des réjouissances, des cadeaux, y compris dans certains pays d'Afrique et d'Asie pratiquant massivement d'autres religions. Noël est devenu fête laïque, voire fête commerciale, mais presque personne n'ignore son origine chrétienne. Cette commémoration est à l'origine d'une religion qui a marqué indélébilement de ses valeurs la civilisation occidentale. Au point où l'on parle à peu près partout dans le monde de l'«ère chrétienne» pour dater les événements historiques et contemporains.

 

(Inspiré de son livre Fêtes, traditions et symboles chrétiens. Pour comprendre la culture québécoise, Fides, 2014.)

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