Religions et conflits

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La Voix de l'Est

La lettre de M. Pierre-Paul Gingras parue le 21 novembre mérite beaucoup d'éloges. Cette lettre apporte un excellent éclairage sur plusieurs points concernant les croyances, les dogmes et la laïcité. Il est clair que les Québécois sont hypersensibles à tout ce qui touche à la religion et depuis plusieurs années, certains événements ont soulevé les passions. Pourtant, le sujet est tellement complexe qu'il mérite de faire l'objet non pas de débats radicaux, mais de réflexions rationnelles basées sur des principes fondamentaux bien compris.

Dans sa lettre du 16 novembre, M. Noël Doucet rappelait que «personne ne sait si Dieu existe ou pas». La personne croyante est convaincue, de façon raisonnable, de l'existence de Dieu alors que la personne athée a la conviction tout aussi raisonnable de l'inexistence de Dieu. Cependant, il est certain que «l'idée de Dieu» existe et que des gens y puisent un sens.

Selon M. Doucet, la religion conduit nécessairement au fanatisme et à la violence. Il est important de rappeler que les mouvements religieux sont avant tout des institutions humaines qui portent les mêmes ambiguïtés que toute autre structure humaine. C'est pourquoi l'expérience religieuse peut conduire à deux trajectoires opposées: l'ouverture sur le monde ou son aliénation.

Pour certaines personnes, l'expérience religieuse cherche à calmer l'angoisse existentielle et dans ce cas, elle conduit au dogmatisme qui s'exprime par des idées claires et sans nuances, par un respect aveugle de l'autorité et par des certitudes absolues, tant sur le plan moral que théologique. Tout ce qui est différent est considéré comme une menace à l'intégrité socioreligieuse. Cette trajectoire conduit au sentiment d'être assiégé par l'autre, à la peur et au rejet de l'autre, autant d'éléments qui favorisent le conservatisme social.

L'autre trajectoire provient de la résistance aux théories dogmatiques et aux certitudes absolues. Cette expérience religieuse conduit à l'ouverture à l'autre et à une conscience plus inclusive. Cet accueil de l'autre favorise le respect du pluralisme, le dialogue, la conscience sociale et la transformation de la société vers le bien commun et vers la justice sociale et écologique.

En prenant en compte ces deux trajectoires religieuses si opposées, n'apparaît-il pas opportun d'apporter des nuances face aux religions? Certes, les religions peuvent contribuer à la violence, nul ne peut le nier, cependant en sont-elles le principal ou même l'unique facteur? Et si la cause de ces débordements se situait d'abord et avant tout au plan économique et social, comme le fait si bien remarquer M. Gingras.

Dans le contexte de globalisation, certaines personnes ostracisées et marginalisées socialement sont ancrées dans leur compréhension fondamentaliste et intégriste de la religion. Elles utilisent la religion pour exprimer leur colère face aux inégalités sociales. Évidemment, cela n'excuse aucunement la violence, mais permet d'adopter une meilleure compréhension des mouvements de rébellions et d'axer davantage nos actions sur l'avènement d'une plus grande justice sociale. À long terme, cette dernière est garante de la paix et de l'intégration à l'échelle personnelle, nationale et planétaire.

Faisons en sorte que les victimes françaises, syriennes, irakiennes, maliennes, camerounaises, libanaises ne soient pas mortes en vain. Comme les générations actuelles sont appelées à relever le défi de vivre ensemble dans un univers de plus en plus pluraliste, rejetons toute forme d'exclusion et développons le seul chemin de la paix: l'apprentissage du dialogue.

 

André Beauregard

Shefford

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