Petite pénitence

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La Voix de l'Est

Ainsi, Justin Trudeau est le nouveau premier ministre du Canada. Il a gagné haut la main cette élection non seulement à la grandeur du Canada, mais aussi à la grandeur du Québec.

Avec en prime, l'appui d'une majorité de souverainistes qui ont voté pour un parti fédéraliste, le sien ou le NPD, en dépit du fait de l'excellente et noble campagne de Gilles Duceppe qui a signalé avec humour, malgré le «mon amour» de Justin, qu'il voulait toujours faire «pays à part».

À mes yeux, il s'agit là d'un moment historique. En appuyant Justin, des Québécois souverainistes seraient plutôt prêts à pardonner à son père, Pierre Elliott, pour son erreur d'enthousiasme incontrôlé à l'égard du Canada en 1982, et ce, en rapatriant la Constitution de Londres, y incluant une charte des droits, sans l'accord du Québec, diminuant ainsi plusieurs de ses pouvoirs.

Mais pardonner sans imposer une petite pénitence, comme on disait jadis, relèverait de la naïveté. Or, les Québécois ne sont pas naïfs, même s'ils sont patients. À ne pas confondre!

Mais qui, au nom des Québécois, devrait imposer cette petite pénitence à Justin Trudeau puisqu'il se dit fier d'assumer l'héritage de son père? Il me semble que cela revient au premier ministre du Québec, Philippe Couillard. Parce que, si elle est accomplie cette pénitence, à la faveur d'une réouverture de la Constitution, il pourra, comme il le souhaite, s'il a obtenu préalablement l'accord de tous les partis de l'Assemblée nationale, signer celle-ci en 2017, ou en l'absence de cet accord unanime des partis, après avoir une fois obtenu l'appui majoritaire des Québécois par voie référendaire.

Et que pourrait être cette petite pénitence? Il y a diverses possibilités. Mais ma suggestion serait de demander simplement à Justin Trudeau que soit incluse dans la Constitution canadienne une Déclaration d'identité de la nation québécoise selon les termes suivants:

«Depuis plus de 400 ans, à force d'espérance et de persévérance, le Québec s'est imposé au monde, non seulement comme une terre de paix et d'accueil, mais aussi de créativité et de productivité.

Dans leur coeur et leur vie, depuis très longtemps, c'est la terre et la langue française qui les lient tous et toutes, et les lieront toujours... ces gens du pays, de façon distincte sur ce continent de verdure et de glace.

Et par-dessus tout, c'est la liberté qui nourrit leurs actions, la fidélité, leurs souvenirs, et le partage, leur avenir. Incidemment, par la présente déclaration, un nouveau partage est consenti avec le peuple du Canada.

Ce triple trésor de valeurs communes auquel s'ajoute la richesse de leurs valeurs fondamentales, en particulier, l'égalité de l'homme et de la femme, la laïcité et la neutralité de l'État, obligent ce peuple du Québec, d'une rare humanité, tellement plein d'humour et, qui aime bien manger..., à défendre et à accroître, autant que nécessaire, les pouvoirs qui protègent et favorisent sa singularité au Canada et en Amérique du Nord, c'est-à-dire ceux d'une nation souveraine.

Prenant à témoin la constitution canadienne, ses premiers, ses anciens (Francos et Anglos) et ses nouveaux habitants s'unissent à nouveau, aujourd'hui et pour demain, afin de développer et faire fructifier cet héritage.

Le peuple du Québec, par la présente déclaration d'identité, se veut fédérateur et reconnaissant envers le Canada de lui consentir des pouvoirs souverains additionnels et exclusifs, en matière de langue, de culture et d'immigration.»

Mais Philippe Couillard, s'il en prend connaissance, osera-t-il considérer ma proposition de petite pénitence? J'en doute, il la jugera trop nationaliste. Osera-t-il seulement demander une réparation quelconque pour l'erreur des nôtres de 1982? J'en doute tout autant, convaincu qu'il est que les Québécois, avec le résultat de cette élection fédérale, ont définitivement tourné la page et, qu'à l'encontre de notre devise, ils ne veulent plus se souvenir de ce triste épisode historique.

Alors, quand la magie Justin tombera, que le «mon amour» des Québécois à son endroit s'étiolera et qu'il ne restera que le bon vieux fédéralisme centralisateur et anti-nation québécoise, les Québécois envisageront à nouveau et définitivement, on peut l'espérer, de faire «pays à part» et ce pourrait être en 2018, à la suite d'une élection référendaire.

 

Denis Forcier

Shefford

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