Les grands oubliés du syndicat

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La Voix de l'Est

Je suis une enseignante. Cela fait deux ans que j'ai terminé mon BAC. J'ai la chance de travailler cette année et d'avoir deux groupes à moi, pour un total de 18% de tâche. Je ne peux pas accepter que les gens disent que les enseignants sont bien payés parce qu'ils commencent leur premier échelon à 39 000.

Savez-vous dans combien de temps je vais être payé ce salaire-là? Si je me fie aux précaires qui sont sur la liste de priorité, qui peine à avoir des contrats de plus de 60%, au moins 10 ans. Ce qui est plus que frustrant, c'est qu'à part aller au privé, même si j'était LA meilleure enseignante d'univers social de tout le temps, ça ne change presque rien. Je vais devoir quand même patienter 10 ans avant d'avoir un poste à temps plein, un coup que je serai sur la liste de priorité (ce qui arrivera dans 4 ans, si je continue à avoir un contrat comme j'ai présentement).

Je suis heureuse d'avoir mes deux groupes parce que je suis consciente que ce n'est pas tous mes collègues qui ont fini l'université en même temps que moi qui ont cette chance. De ma «gang» de 6, un a réussi à avoir un contrat à temps plein (sur la rive-sud de Montréal). Sinon, on est tous accro à notre cellulaire, le gardant avec nous 24h/24 afin de ne pas manquer l'appel de suppléance qui peut être parfois que 30 minutes avant que le cours commence. J'ai une amie qui est barmaid de soir et fin de semaines afin d'être capable de boucler son budget. Et nous sommes de jeunes adultes de 25 ans, sans maison ni enfants.

Faut-il vraiment que je m'expatrie pour trouver un meilleur travail? J'adore travailler dans un milieu où je connais les élèves. Parce que j'ai l'impression que je peux m'impliquer dans le milieu et faire des activités qui sauront être pertinentes pour les élèves. Je ne voudrait surtout pas être un prof «poteau» qui se contente d'enseigner sa matière, point. La réalité, c'est que je vais sûrement changer d'école presque 10 fois avant d'obtenir ma permanence. Recommencer à chaque fois, ça donne de moins en moins envie de s'impliquer. C'est ce que m'a dit plusieurs collègues qui doivent remballer leur matériel à chaque fin d'année parce qu'elles ne sauront qu'en août dans quelle école elles passeront l'année.

J'aimerais avoir un syndicat qui travaille pour moi aussi. Qu'il soit capable de reconnaître qu'il y a certains enseignants qui sont dû pour prendre leur retraite et qui ne font plus un bon travail. Qu'il accepte que les directeurs combinent des matières ensemble afin de donner des tâches qui font du sens, au lieu d'avoir plusieurs enseignants dans une école qui ont moins de 50% de tâche. C'est aussi un non sens en éducation que les employeurs (directeurs d'écoles) n'ont que peu de choix sur leur personnel et ne peuvent pas donner des sanctions envers un employé qui manquerait d'éthique professionnel. Oui, les enseignants ont un code d'éthique. Et plus j'y pense, plus j'aimerais que l'on se dote d'un ordre professionnel. En enlevant certaines pommes pourries, j'ai l'impression que l'on redorait l'image des enseignants. Nous avons tous des enseignants héros qui ont influencés pour le mieux notre vie. Il est temps que l'on se donne les outils collectivement pour que chaque enseignant puisse en être un.

 

Roxanne Charlebois, enseignante d'univers social

Farnham

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